Cf. Sophonisbe de Corneille, V, üï
324 LE POÈTE IV-i
Tandis qu'en avançant tu lances de doux regards, l'œil dirigé par le hasard ou par Vénus,
sur moi, chose très évidente, je les sentis
tournés. Une pudeur de vierge m'envahit.
Je ne sais quoi de doux animaït ton visage,
me semblait-il; tes pas se firent lents.
Je cherche à mes côtés si quelqu’une plus digne de mes compagnes avait fixé tes yeux.
Aucune à mes côtés qui fût plus digne;
et ma beauté comprit, fière dan tel honneur.
Le cortège prit fin. Ma nuit fut sans sommeil;
et quand mes yeux vaincus s’appesantirent,
je rêvai de cortèges : la même image reparaît,
et comme hier, je te revois dans le triomphe. (39-52)
La faux passa *%5, En apprenant l’irrémédiable, Gray se souvint du livre de deuil amoureux le plus pieusement désolé de sa bibliothèque et parla à West comme Pétrarque à l'esprit de Laure. L'exemple lui dictait un sonnet, dans la stricte forme italienne :
En vain brille pour moi le matin soutiant;
C'est en vain que Phébus élève sa lumière,
Que le chœur des oiseaux roucoule son doux chant, Que les prés ont vêtu leuf parure première.
Il faut à mon oreille, hélas ! un autre accent;
Mes yeux voudraient revoir une ombre qui m'est chère, Nul cœur, à mon appel, ne va s’attendrissant;
Ma joie non partagée n’est une joie entière.
Cependant le matin, messager du plaisir,
Apaise, en souriant, les misères humaines.
Pour tous, dans les guérets, les moissons vont mûrir; L'oiseau chante l’ardeur de ses amours sereines,
Moi, je pleure celui qui plus ne doit m'ouir,
Et pleure amèrement, car mes larmes sont vaines 237.
Devenu, aux yeux des Lakistes, le symbole de la poésie artificielle ?%8, ce sonnet doit plutôt son renom à ses défauts. Wordswotth l’eût trouvé plus artificiel encore s’il avait remarqué que les vers les plus simples étaient empruntés eux aussi, et que le fond n’était pas moins usé que la forme ?%?, Jusqu'au dernier mot pourtant, vers lequel il tend tout entier, et où la douleur impuissante se condense en une saisissante figure, ce sonnet enfermait un sens. Le printemps que West appelait avec tant de force un mois plus tôt, il l'avait voulu, lui aussi. Cette aurore mythologique et ces chants d'oiseaux, c'était la vie belle, devant quoi il ne trouvait plus qu'une solitude sans espoir. Il s’exprimait devant son appréhension réalisée en répondant au vœu de West :