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350 LE POÈTE IV-ii
Dryden assignait au poète le rôle « de toucher et d'exciter les passions » 2%, Dès le début, Gray avait fixé le centre de la poésie dans la sensibilité 24 Ja notion qui désormais se précise chez lui, c'est que la primordiale sincérité n’est jamais plus certaine que lorsque le poète s’écoute lui-même; que nulle émotion n'est plus touchante que l’émotion saisie en soi aux heures tristes et recueillies. Et si la tristesse est, par elle-même, le premier sentiment touchant, la première forme de poésie vraie, c’est l’élégie. Conclure à sa découverte serait oublier la littérature contemporaine. L/action profonde de cette littérature sur son œuvre reste à peu près sans autres preuves que des coïncidences internes. Deux témoins démontrent pourtant combien il s’accordait avec son époque. L'un, passablement moralisant, assez judicieusement technique, affirme que l’élégie, en découvrant « des douceurs dans la mélancolie que nous ne pourrions trouver dans la joe », nous procure un « vertueux plaisir », et demande au poète de « ressentir très vivement l'affection communiquée ». C’est le Shenstone de l’Essai %5. J/autre, c’est l’infortuné jeune auteur des Elégies d'Amour *%%, recueil historiquement moins significatif peut-être que l’acquiescement dont le gratifia le comte de Chesterfield : « Sincère dans son amour comme dans son amitié, il n’écrivit…. que les vrais sentiments de son cœur... dictés par la nature. L'Elégie parle donc ici sa vraie langue, la langue plaintive et simple des tendres passions » #7. On reconnaît ces idées, et presque ces paroles, dans les jugements où Gray se détourne de la poésie «très rude» qui ne le « touche pas » vers la poésie « simple et naturelle », « tendre et élégiaque », la poésie faite « de sujets qui conviennent à une nature douce et sensible, qui émeuvent et animent le cœur sans l’enflammer ni le transporter »; vers la poésie qui ne « demande d’autre ordre ou invention que la pure et simple nature, qui est (ou doit être) l’œuvre d’un esprit qui sent avec force, et tout possédé par son sujet » 8. Il semblerait que Gray admette, comme Shenstone, les moyens artificiels. Il ressort trop certainement, par ailleurs, qu'il céda parfois aux larmoyantes sensibleries; qu’il « approuva au plus haut degré » la déclamatoire platitude des tirades tragiques de Mason 2. Dans cet autre
263. Essays, o. c. sup. II v n. x, I, p. 113 (Defence of an Essay of Dramatic Poesy. Ici encore, Dryden vise le théâtre ).