IV-iv LES POÈMES LYRIQUES
ignorer ce choc, et les derniers vers renferment une allusion assez claire à la brouille avec Walpole. La situation de Gray, en ces jours de deuil et d'abandon ne répond qu'imparfaitement à la donnée : celle-ci semble donc en partie abstraite. Toutefois, une correspondance existe dans la mesure où Gray reçoit les coups du sort, et où la vie justifie ses inquiétudes. Peut-être les événements n'ont-ils jamais d'autre sens pour lui que cette justification. Son sentiment devient alors très simple. Puisque la douleur est inévitable, assurons-nous contre elle. Ce qu’il faut éviter, ce que nous pouvons éviter, c’est la Gorgone, la chevelure de serpents, l'Enfer. Il faut conjurer cette obsession. Suivons pour cela la leçon des moralistes, pratiquons la vertu : nous aurons droit à la souffrance douce. En retour, acceptons cette souffrance, cultivons-la, réjouissons-nous de la larme que verse notre cœur attendri : nous serons vertueux et protégés. I/ Hymne à l’ Adversité nous montre l’acheminement de l’égoïsme angoissé au sentiment chrétien. C’est ici que Gray redit la Prière Universelle. C’est ici le drame de son orgueil qui balbutie son effort d’humilité : pardonnons à ceux qui nous ont offensés ?8.
Mais c'est peut-être l'incapacité où il se sentait d'accomplir réellement un tel effort qui l’élevait d'autant plus ardemment à sa réalisation imagée.
Un intervalle important sépare ces trois premiers poèmes de l'ode Sur le Plaisir qui naît de la Vacissitude :
I. Voici que l’Aube d'or, dans le ciel, ouvre son aile parsemée de rosée.
Sa joue vermeille et ses doux soupirs invitent le printemps tardif.
Mais Avril survient, évoquant à la ronde 5 du sein de la terre les parfums endormis.
D'un doigt léger, sur les champs qui s’animent, il répand sa plus fraîche et plus tendre verdure.