V. Sur le front que plissait tantôt l’Infortune
la main de la douce Réflexion retrouve un soutire,
et, sur la joue du Chagrin, répand 35 une grâce mélancolique. se
L/Espérance prolonge l’heure de notre joie,
et l'ombre la plus dense, amoncelée, obscure
et noire, au long de notre dur chemin,
elle la dore d’un rayon de lointaine clarté. 40
VI. Partout où le rose Plaisir tient la tête, on voit une Peine sœur le poursuivre; et sur les pas de la Souffrance marcher la Consolation.
Les teintes de la joie brillent plus éclatantes, 45 si le noir de la Douleur les estompe, et leur mélange crée, par un heureux contraste, la force et l'harmonie de la Vie.
VII. L’Infortuné qui longtemps se retourne sur le lit d’épines de la Douleur 50 retrouve enfin sa vigueur perdue; il respire et il marche encore.
La plus humble fleurette du vallon, le plus simple chant qui enfle la brise, le soleil de tous, l’air et les cieux lui sont un Paradis qui s'ouvre.
L’humble Paix bâtit sa retraite près de la source où jaillit le Plaisir; elle contemple le cristal de la fontaine, et se délecte à son courant.
Tout en bas, la foule grandit, énorme et tumultueuse.
irrésistiblement emportés périssent dans l’immensité de l’abîme.
Voyez l’Indolence et l’Orgueil, poutsuivant lentement, côte à côte, leur morne et quotidienne révolution.
Cette ode incomplète * se distingue nettement des précédentes par son optimisme. Peut-on la rapporter à un moment précis, à des circonstances déterminées, de la vie du poète? Exprime-t-elle une vraie confiance? Une note du carnet de poche de 1754 la placerait entre le Progrès de la Poésie et le Barde*. Physiquement, Gray commence à souffrir de la goutte. Entre les premiers symptômes de 1754 et la crise de 1755 1, une accalmie le délivra-t-elle
29. Sur le ms. et sur la tentative de Mason pour le compléter, cf. MM I 93-0, III 160-3; TP 228-30. La transcription du Commonpl. Bk. n’est pas écrite par Stonhewer, mais par Mason