‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 390 sur 446 · IV-iv LES POÈMES LYRIQUES 40I · texte numérisé non relu

IV-iv LES POÈMES LYRIQUES 40I

provisoirement d’une grande inquiétude? Au moral, on pense à l'encouragement du succès de l'Elégie, à l’entrain au travail en compagnie de Bentley, où dans l’entreprise de l'Histoire de la Poésie. Mason, assez au courant des faits de cette période, signale que l'inspiration vint de l'épître À ma sœur, sur ma convalescence de Gresset *?, Six ans plus tôt, Gray confiait déjà son admiration pour cette œuvre %%. L/'analogie formelle ne se trouve que dans un court passage 54, mais la disposition d'esprit générale importe. Gresset écrit dans la joie de vivre, au sortir d’une maladie grave; il renaît, après avoir vu la mort en face. Son motif forme peutêtre l’arrière-pensée de Gray. Une autre question se pose : que devait signifier l’ensemble? La note du carnet de poche dit « Contraste entre l'hiver passé et le printemps proche. Joie causée par cette vicissitude. Beaucoup ne ressentent jamais cette joie. La paresse, l'envie, l'ambition. Combien plus heureux le paysan qui la ressent, bien qu’il ne sache pas comment »%5. La marche du poème ne fait pas exactement prévoir la réalisation de ce plan, et il est délicat d'interpréter les strophes inachevées. Une brume enveloppe l’idée dominante. De sorte que si l’on ne peut oublier entièrement certaines contingences, il faut prendre cette ode telle qu'elle nous reste.

Revenant à la formule des deux premières, elle comporte un tableau initial et une réflexion. Le tableau, c’est encore le printemps, symbole de renaissance; mais un printemps d’une joie plus précise et plus délibérément pastorale. On pense cette fois à l’ Allegro. On assiste au mariage d’Aurore et d'Avril; elle créature de jeunesse et de beauté, rose, dorée, aux aïles de diamants et à la voix douce; ui, magicien des ardeurs qui dormaient dans le sol, évocateur des parfums et de la verdure : vrai mariage de la terre et de l'air. Pour marquer l’allégresse universelle, deux figurants entrent en scène, l'agneau et l’alouette. L'agneau gambade en termes identiques à ceux de Nash ou de Thomson #6. L/alouette est la même messagère de l’aurore que celle de Milton ou de Thomson; mais elle monte plus haut dans le ciel 57. Gray l’a regardé s'envoler, ébloui de suivre le petit point qui devient un trille éperdument joyeux, et disparaît enfin dans l’air ensoleillé. Le mystère de cette étonnante ascension lui révèle le désir de son âme. Dans le concert de joie, qu’ainsi cette âme s'envole sur des ailes de feu !

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