iv LE MILIEU
même, malgré son dévouement, dès qu’il eut compris où pouvait le mener l'intrigue amoureuse que Miss Speed semblait rechercher s,
Stoke Poges fut, à tout prendre, un séjour déprimant. Il faut l'y voir plein de mornes pensées et de soucis; suivant à pas lents le sentier habituel et s’attardant dans le cimetière à la chute du jour; ou retiré dans sa chambre avec quelque « in-folio rempli de cornes », devant une table jonchée d’un « énorme imbroglio de papiers et de livres »2?. Tout lui parle d'isolement et de langueur, dans un endroit « où même les potins de la ville n’arrivent que quand ils sont déjà vieux et où aucun événement ne se passe »3°; où il «n'entend, ne voit, ni ne fait absolument rien, pas même votre rien de Tunbridge, coloré et irisé de teintes éphémères; mais un rien lourd, inerte, sans forme et vide; aussi noir parfois que la morale du Lisbonne de Voltaire »1, Lorsque, à la fin de 1758, Mrs. Rogers eut disparu et que la tante Oliffe fut revenue dans le Norfolk, son pays natal, Gray ferma la maison et ne revint plus à Stoke qu’en passant, pour rendre visite à Lady Cobham : « J'ai pris congé de Stoke, avec l'espoir de prendre congé de mes autres ennuis d’ici quelques mois. »%2? Il éprouva comme un soulagement.
Son vrai milieu était Cambridge; l'Université englobait sa vie. Sans y remplir toujours une fonction déterminée, il y passa plus de trente ans et y mourut.
Cambridge3 offre au visiteur d'aujourd'hui les archaïsmes d’un long passé voisinant avec les aspects bariolés de la civilisation contemporaine. Le jeune intellectuel est un sportif; il revêt tour à tour la toge et la flanelle. Les édifices aux fenêtres gothiques, aux murs couverts de lierre, les clochetons et les créneaux font face aux établissements d’un modernisme accusé. Bien différent était le Cambridge du xviri® siècle, avec ses tavernes et ses rues boueuses #1, De Bonstetten trouva Gray « enseveli dans une espèce de cloître d’où le xv® siècle n’avait pas encore déménagé. La ville de Cambridge, avec ses collèges solitaires n’était qu'une réunion de couvents, où les mathématiques et quelques sciences ont pris la forme et le costume de la théologie du moyen âge. De beaux couvents à longs et silencieux corridors, des solitaires en robe