‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 39 sur 446 · Elle s'appelle Stoke Court · texte numérisé non relu

Elle s'appelle Stoke Court

36 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE | I-iv

qui longe le bois. De cet observatoire, on distingue Windsor et Éton. C'était son poste favori. Il s’y rendait au lever du jour et regardait s’éclairer la plaine. L'œil du souvenir évoquait le passé : il opposait son isolement, son inactivité dans ce coin ignoré au sort de ses anciens camarades. De vagues regrets s’agitaient en lui.

Les hôtes de la maison n'étaient pas faits pour l’égayer davantage. Deux veuves, sa mère et Mrs. Rogers, et une vieille fille, sa tante Mary Antrobus, composaient sa compagnie. Lorsque Mary et sa mère furent mortes, une autre tante, Mrs. Oliffe, veuve elle aussi, viendra habiter la maison pour un temps'#. Malgré toute la bonté de ces braves dames, toutes les attentions dont elles le comblaient, il ne pouvait exister de compréhension profonde #. Elles créaient autour de lui une atmosphère surannée, lui offraient le spectacle, si peu réconfortant, de leurs maladies, de leurs souffrances, de leurs agonies; s’en allaient, enfin, vaincues par l’âge. Il s’en affligeait, devenait sombre, errait auprès des tombeaux de ses chères disparues. « Stoke m'a rappelé bien des heures tristes, et si je n’ai plus de raisons de m'inquiéter, je ne m'’estime pas plus heureux de les avoir perdues..., je veux changer de décor le plus tôt possible »2%, Plus tard, il se plaignit de « ne pouvoir faire un pas hors de la maison, Mrs. Rogers étant sur le point de mourir d’une maladie d’estomac»?1. Mrs. Oliffe, à son tour, se vit menacée de paralysie : «Il va peut-être falloir que je passe ici des années avec deux pauvres femmes clouées au lit, spectacle mélancolique et que, par simple humanité, je ne peux éviter »22.

Gray vivait à Stoke dans une telle solitude que lorsque la chätelaine de l’endroit, Lady Cobham, s'installa au manoir, à la mort de son mari, cette dame ignorait la présence dans le village de l’auteur de l’Elégre déjà célèbre ?3. Il fallut que

La Renommée, sous la forme de Mr. Purt, (maintenant, toute la paroisse le sait) proclamât qu’il se cachait dans les parages un lutin pervers appelé Poète 24,

Les relations qui suivirent, tant avec Lady Cobham et sa nièce Miss Speed qu'avec les visiteurs de marque qui séjournaient au château, n'amenèrent que peu d’enjouement. Gray se sentit flatté d’être admis dans un cercle distingué d’admirateurs. Garrick et sa famille venaient tous les ans; ils l’amusèrent d’abord, le lassèrent ensuite?5. Il resta froid dans son enthousiasme pour les dames Cobham, toujours « plus polies que jamais »27: réservé

18. Mary Antrobus mourut en 1749; Mrs. Gray, en 1753. Voir CH 74

19-12 228; 20 XII AE ES) LAIT LISA 22001 AIT: 23 LL 2 T8 EPP AT69, 24. À Long Story, 41-4 (AB 50). 25 TES AS,

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