‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 42 sur 446 · W. C. Sydney, o. c. sup. i n. 36, II, p · texte numérisé non relu

W. C. Sydney, o. c. sup. i n. 36, II, p

38 LE SOLITAIRE DE PEMBROKE I -iv

noire, des jeunes seigneurs travestis en moines à bonnets carrés, partout des souvenirs de moines à côté de la gloire de Newton. Aucune femme honnête ne venait égayer la vie de ces rats de livres à forme humaine. Le savoir prospérait quelquefois dans ce désert du cœur. Tel j'ai vu Cambridge en 1769 »55.

De Bonstetten ne dit pas la torpeur intellectuelle, l'ignorance et la débauche qui se dissimulaient sous cette austère façade. Le mot de Swift affirmant que dans les Universités «on ne pouvait apprendre qu’à boire de la bière et à fumer du tabac », s’appliquait à Cambridge comme à Oxford; et si Cambridge valait mieux qu'Oxford, ce n’était guère que par comparaisonÿs. Les travailleurs, les directeurs de la pensée, s’enfermaient dans leur tour d'ivoire, trônaient « au septième ciel de la dignité »®%7. I/âme vivait séparée du corps, tandis que la masse des jellows, des tutors et des étudiants s’adonnaït à la paresse et aux excès intempestifs. Les fils de familles, dépensiers et peu soucieux de l’étude, donnaient le ton. Le plus laborieux se trouvait lancé malgré lui dans la dissipation. William Wilberforce ne se plaignait-il pas d’être détourné des livres par les /ellows eux-mêmes? « Leur objet semblait être de provoquer et d'entretenir chez moi l’oisiveté. Si par hasard je travaillais, ils me disaient : « Pourquoi diable un riche comme vous s'inquiéterait-il de piocher? » … Et mon temps se consumaïit en parties de plaisir et en amusements de toute sorte avec les fellows... Je me mêlais souvent à leurs groupes, mais ne goûtais jamais leur compagnie; à vrai dire, j'étais scandalisé de leur conduite, et je me sentais très malheureux »58.

On a tracé maint tableau des désordres de ces étudiants et de ces maîtres cyniques5%. On sait comment, les sports réguliers n'existant pas encore, les très fortunés seuls pratiquaient l’équitation et la chasse au renard. Les autres jouaient au volant, à saute-mouton, aux quilles#; piètres amusements pour ces oisifs. Aussi recherchaient-ils des distractions plus corsées. On jouait des farces absurdes aux habitants, et l’on riait de leur colère et de leur épouvante; on les insultait, on les rossait, parfois avec une brutalité féroce, la nuit, dans les rues obscures. La ville était inhabitable #1,

L'ivrognerie sévissait. Tandis que les fellows menaient grand tapage à la Taverne du Tonneau, « brisaient les vitres » et contractaient « des dettes reniées effrontément »42, les étudiants s’enivraient

35. Ch. V. de Bonstetten, Souvenirs, Paris, 1832, cités dans MW V 18o-r.

36. W. C. Sydney, II, p. 97. Le mot de Swift se trouve dans son Essay on Modern Education.

37. Leslie Stephen, Hours in a Library, o. c. sup. i n. 26, III, p. 105. 38. W. C. Sydney, II, 107.

39. Cf., en partic., E. Legouis, La Jeunesse de Wordsworth, Paris, 1896, pp. 74-80. 40. W. C. Sydney, II, 1x2.

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