Cf. sup. ii, PP
450 LE POÈTE IV-iv
Sut la rive désolée de l’Arvon ils sont couchés, souillés de sang, et blêmes comme des spectres. Loin, bien loin, les corbeaux épouvantés s’envolent; l'Aigle affamé jette un cri perçant et poursuit sa route. Chers amis perdus, compagnons de mon art mélodieux, chers comme la lumière qui visite ces yeux tristes, chers comme les gouttes vermeilles qui réchauftent mon cœur, vous avez péri parmi les clameurs de votre pays agonisant.… Je ne veux plus pleurer. Non, ils ne dorment pas! Là-bas, sur ces falaises, groupe épouvantable, je les vois assis; ils demeurent encore, vengeurs de leur terre natale.
Se joignant à moi en une terrible harmonie, ils tissent de leurs mains sanglantes l’étoffe de ta lignée !
IBGSE
« Tissez la chaîne, et tissez la trame, « le linceul de la race d'Edouard !
« Laissez ample place.et assez de marge « pour tracer les lettres de l’enfer !
« Marquez l’année, marquez la nuit « où la Severn renverra avec épouvante l'écho « des clameurs de mort dont retentit la voûte de Berkley, « clameuts d’un roi agonisant !
« Louve de France aux crocs impitoyables, « qui déchires les entrailles de ton compagnon mutilé, « que de toi naïsse celui qui étendra sur ton pays « le fléau du Ciel ! Quelles terreurs lui font escorte ! « La Peur à son avant-garde, s’alliant à la Débâcle, « et le pâle visage de la Douleur, et la Solitude à l’arrière. FI « Puissant Vainqueur, puissant Seigneur !
« ]11 gît bien bas sur sa couche funèbre !
« Pas un cœur pitoyable, pas une paupière n'apporte « une larme pour honorer ses funérailles.
« Le Guerrier noir s'est-il enfui?
« Ton fils n’est plus. Il repose parmi les Morts. « L'essaim qui accourut au midi de ton apogée ? « Il est allé saluer le Matin nouveau !
« Riante est la beauté du Matin, doux souffle le Zéphyr, « tandis que, voguant fièrement dans le royaume de l’azut, superbement paré, s’avance le Vaisseau d’or; « la Jeunesse est à la proue, et le Plaisir à la barre, « insouciants de la puissance fougueuse de l’Ouragan, « qui, dans le silence de son morne repos, attend sa proie nocturne.
ER
« Emplissez jusqu'au bord la coupe écumante, . «préparez le somptueux festin !
« Privé d’une couronne, il peut encore s’asseoir au banquet : « tout près du siège royal « la Soif et la Famine cruelles grimacent « un sourire amer vers leur Hôte déjoué.
« Avez-vous entendu le tumulte de la bataille, « lance contre lance, coutsier contre coutsier ? « De longues années de dévastation poursuivent leur couts fatal, «et se fauchent un chemin à travers des cohortes de frères. « Et vous, Touts de César, honte éternelle de Londres,