III. ii
Entourés de cent fiers Barons,
ils lèvent bien haut leur front étoilé:
de somptueuses Dames, de vénérables Ministres
à la barbe majestueuse, paraissent.
Au milieu d'eux, une Créature divine ! 5 Son œil la proclame issue de sang breton; son port léonin, son visage qu'on admire et respecte,
sont adoucis par une grâce virginale.
Quelle symphonie de cordes palpite dans l’air, quels cœurs transportés l'entourent de leurs harmonies ! 10 Écoute du fond de ta tombe, grand Taliessin, écoute ! Ils exhalent une âme qui fait revivre ton argile. L'éclatant Délire appelle, et, s’élevant en chantant,
agite sous les regards du Ciel ses ailes aux mille couleurs.
1BTRITE
La poésie orne de nouveau la Guerre farouche et l'Amour fidèle, et l’austère Vérité, que pare la féerique fiction. Ia Muse en cothurnes anime le pâle Chagrin et l’agréable Douleur; 5 la Terreur aussi, Souveraine du cœur palpitant. Une Voix, qui semble venir des phalanges célestes, m'est apportée par les souffles de l’Eden en fleurs; et de lointains gazouillements faiblissent à mon oreille, qui expirent, perdus dans le lointain avenir. 10 Homme insensé et impie, crois-tu donc que, là-bas, ce nuage sanglant, soulevé par ton souffle, a éteint l’orbe du jour? Demain vont renaître ses flots d’or, et il réchauffera les nations de rayons redoublés. Moi, je m'arrête. Avec joie je contemple 15
452 LE POÈTE IV-iv
le sort différent que nos Destins nous assignent : à toi le Désespoir, et les Tourments de ton sceptre;
à moi le triomphe et la mort ! ” I1 dit; et, la tête en avant, du sommet de la montagne,
au sein des flots mugissants, il plongea dans la nuit éternelle. 20
La formule pindarique est demeurée la même : trois triades métriquement semblables; et Gray paraît tenir à cette double division en trois. Malgré ses observations 1%, et malgré la dificulté effective de saisir immédiatement les rapports strophiques, il ajoute encore des vers : la strophe en compte quatorze, l’épode vingt. La strophe est plus compacte, les vers égaux étant plus groupés; mais un double croisement de rimes introduit une variété nouvelle. L/épode est allégée par quatre trimètres au début, et par un retour aux tétramètres avant de se terminer. Elle commence par un croisement de trois rimes, suivi d’une rime embrassée, de deux rimes croisées, et d’un quatrain sans rime aux premier et troisième vers. Les deux vers sans rime terminale riment par contre intérieurement. Ce savant système, qui cherche à agrémenter une masse calculée pour un plus ample développement, ne présente qu’une rime plate à la fin, et s'achève sur l’alexandrin devenu, en souvenir de Spenser, la conclusion indispensable 13.
Les irrégularités prosodiques comportent peu de nouveauté. Gray a renoncé aux terminaisons féminines. Dans la strophe, le vers commence fréquemment par un ictus, devant lequel l’arrêt marque l'importance ou la nouveauté de ce qu’on va dire :
Frowns o’er old Conway’s foaming flood, 2 0 1 2
Robed in the sable garb of woe. (I ii 2-3) 2 0 0 2
Ce ne sont là qu'effets accidentels. On remarque, de même, la pesanteur de quelques alexandrins :
To arms! cried Mortimer, and couch’d his quiv’ring lance (I i 14) To high-born Hoel’s harp, or soft Llewellyn’s lay (I ïi 14) All haiïl, ye genuine Kings, Britannia’s Issue, haïl ! |III i 14)
Mais la seule particularité constante est l'emploi d’un tétramètre catalectique en première et cinquième places :
Ruin seize thee, ruthless King (L it)
2 0 2 1 2 0 Helm, nor Hauberk’s twisted mail. (I i 5) 2 0 2 0 2 0 2
Les épodes offrent quelques mesures trisyllabiques :