‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 440 sur 446 · Cf. AM 38-57 et TP · texte numérisé non relu

Cf. AM 38-57 et TP

201. Pid, D10, Pi Tr, Lit 2, EL To, IT 12, Il ii 5, Li 3, lit. 202. TI, I 334. 203. III ii 5-8, 3-4. 204. TL, I 272. 205. Ex. : I'iii 11-14, III i 11-14.

456 LE POÈTE IV-iv classique. Johnson y voyait une imitation des oracles de Nérée 26. Il en vaudrait mieux chercher des analogues empreints de plus de magie — les prédictions d'Anchise, ou les avertissements de Cassandre 27, On pense aussi à la scène de la Thébaïde où Méon, devin et poète, se tue en maudissant le « roi fatal » 25, Mais si de telles correspondances rendaient le motif acceptable, le timbre n'était plus le même. Certes des textes justifiaient jusqu'à la transition. Lucain avait révélé les mystères des bois sacrés de la Gaule, et Tacite évoqué les druides de Mona *?. Cétte fois pourtant l'inspiration plongeait ses racines dans le génie celtique. La légende de la vieille patrie avait son Orphée, et le Pays de Galles son Parnasse. Au lendemain de la publication de l’Archæologia Britannica d'Edward Lhuyd, Swift avait parodié le lyrisme prophétique de Merlin en un jargon pseudo-archaïque où il annonçait la ruine de la France *%. Gray, lui, revivait par ses livres au siècle d’or de Merlin et de Taliessin 21, I1 s’émerveillait de retrouver ces hommes et ces chants, et leur apparition se présentait entièrement neuve. Toutes les images étaient possibles, que n'avaient pas usées des siècles de scolies et d’imitations. Non seulement aussi prestigieux, ces poètes étaient encore nationaux, car ils avaient prévu la gloire de Bretagne. Ils l’avaient faite. Le retour d'Arthur en Elisabeth, la punition du tyran, l’épanouissement de la poésie anglaise, toute l’âme supérieure de la race, accomplissaient leurs charmes.

Entre eux et le drame de Shakespeare, des siècles surgissaient, dont il cherchait la forme et la couleur, avec la curiosité concrète d’une jeune science. Il y avait des fanions et des heaumes, et il fallait expliquer par une note de quoi se composait un haubert ?"2. Isabelle avait vécu infâme, Edouard III grand guerrier, Henry VI épileptique et pieux 2%. I1 fallait avoir lu dans Froissart les magnificences du règne de Richard II, se rappeler que Richard III avait pour insigne un sanglier d'argent, et que, si Marlowe avait peint l’affreuse mort d’Edouard II, la chronique ajoutait qu’on lui enfonça un fer rouge dans les entrailles 24, L'œil suivait l’armée empanachée sur la pente de la montagne 215. L/oreille entendait les cris d’assassinat dans les salles hautes des vieux châteaux 216. Le barde prenait un aspect saisissant :

206. Lives, 0. c. sup. iii n. 56, IL, p. 483. Cf. Horace, Odes, PSV 207. Virgile, Enéide, VI, 756-852; Eschyle, Agamemnon, 1214-94. 208. Etéocle, Cf. Stace, Thébaïde, III, 58-01.

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