IV-iv LES POÈMES LYRIQUES
Dans la mise en œuvre de cette simple donnée, Gray ne renonçait absolument à aucune de ses habitudes de style. Il y avait les souvenirs grecs et latins, italiens et anglais 2%, I] y avait maint exemple de diction conventionnelle, idle state, crested pride, shaggy side, stormy main, azure realm; des abstractions, Youth, Pleasure, Tharst, Famine; des périphrases : the sable garb of woe; des figures : wound with toilsome march his long array *1. Ia seconde triade, d’une invention un peu mécanique, enfermait des obscurités; non pas tant les obscurités voulues, les allusions historiques dont le lecteur d'aujourd'hui s'étonne qu’elles aient pu paraître obscures ; mais l’encombrement des détails, le besoin de vouloir tout mettre en trois strophes plutôt que de choisir et de mieux montrer; l'excessive concentration de vers tels que ceux-ci :
Ve Towers of Julius, London’s lasting shame, With many a foul and midnight murther fed,
Revere his Consort’s faith, his Father’s fame, And spare the meek Usurper’s holy head. (IT iii 11-14)
ou la pénible raideur de :
Mighty Victor, mighty Lord!
Low on his funeral couch he lies !
No pitying heart, no eye, afford À tear to grace his obsequies.
Is the sable Warrior fled?
Thy son is gone. He rests among the Dead. (II ïi 1-6)
La faiblesse relative de la dernière triade n’échappait pas à Gray lui-même #2, J/épode offrait une terne réplique de la fin du Progrès de la Poésie; et si le portrait d’'Elisabeth manquait d’aisance et d'éclat, celui de son entourage, avec ses ‘gorgeous Dames’ et ses ‘Statesmen old in bearded majesty” côtoyaient vraiment le ridicule 2%.
I1 y avait là cependant un souffle sincère, et une nouveauté. Certes le fond du sujet était encore le même, — un éloge de la poésie, sœur de la liberté. Mais il ne restait plus d’abstraction. Tout se concentrait en un événement, et s’exprimait sous une forme particulière. Dès le début, Gray disait : « La prophétie » 24. Ce poème tirait de là un caractère véhément et solennel. Ce transport représenté l’obligeait à une exceptionnelle flamme, si le ton courait parfois des risques d’emphase 2%. I/obscurité par laquelle Gray pensait être pindarique, dans son anonymat redoutable, et malgré ses défauts, représentait le langage sibyllin de la destinée. Cette prophétie s'inspirait dans une large mesure de la tradition