‹ Essai sur Thomas GrayChapitre 48 sur 446 · LE SOLITAIRE DE PEMBROKE T · texte numérisé non relu

LE SOLITAIRE DE PEMBROKE T

I1 finit par s’y plaire, par aimer ce qu’il détestait. Cambridge est « mélancolique, mais conforme à ses goûts »1%; Pembroke, un «endroit charmant depuis la pacification »1%, Chaque fois qu’il fallait sortir du mécontentement prononcé par la bouche ou ressenti dans l’Ââme pour passer à quelque acte, il était vaincu par le prestige de l’Université. En 1765, Beattie lui proposa le grade de docteur honoraire de l’Université d’Aberdeen. Gray répond que, n'étant pas bachelier à Cambridge, il ne peut accepter : « Je ne voudrais pas blesser un groupe d'hommes au sein duquel j'ai passé tant d’heures faciles, et, je peux bien le dire, heureuses de ma vie »1%, Il avait pour les lieux une sorte de respect. Quand il essaya de s’en séparer, il en éprouva bientôt la nostalgie.

Pendant les deux ans et demi qu’il passa à Londres, de décembre 1758 à mai 1761, il vécut plus retiré peut-être qu'en nul autre endroit 111, I1 y retrouva des amis : Wharton, au début; Mason, appelé périodiquement à la cour par ses fonctions d’aumônier du roi; Stonhewer, qui le recevait dans sa famille. Mais tandis que son nom devenait fameux, que les strophes de son ÆElégie étaient sur toutes les lèvres, il dédaigna de se joindre aux cercles littéraires. Ses prétendues entrevues avec Rousseau, avec Sterne sont démenties par l’histoire 15. Tout au plus, stimulé par ses travaux du moment, entama-t-il quelques relations avec le naturaliste Stillingfleet 114 et le celtisant Daines Barrington 115. S'il se promenait en ville, c'était pour regarder les étalages des libraires, pour écouter à l'écart les bavardages de la cour et de la société, suivre les événements de la guerre de Sept Ans16. Il en avait des échos par John Cavendish et Frederick Montagu, tous deux lancés dans la politique 17, Mais s’il put frôler un instant ces milieux, les observer avec curiosité, il ne s’y mêla pas. Il s’intéressa aux débuts de la Société des Arts, à sa première exposition de peinture, au printemps 1760, « à l’imitation de ce qu’on fait depuis si longtemps à Paris »118, Il fréquenta les théâtres 15,

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