‹ Essai sur Tite Live (volume 2)Chapitre 59 sur 112 · Tite Live, XXXI · texte numérisé non relu

Tite Live, XXXI

La harangue du préteur Aristène montre ce qu’est devenue la guerre, comment le roi ne combat plus pour la victoire, mais pour son salut, comment il perd des alliés parce qu’il en a déjà perdu :

« Pourquoi Philippe absent demande-t-il notre secours, au lieu de venir en personne nous défendre, nous ses anciens alliés, contre Nabis et les Romains? Nous défendre? Pourquoi a-t-il laissé prendre Érétrie et Caryste? Pourquoi tant de villes de la Thessalie? Pourquoi la Locride et la Phocide ? Pourquoi en ce moment même souffre-t-il qu’Élatée soit assiégée? D’où vient qu’il est sorti des gorges de l’Épire et de ces retranchements inexpugnables sur le fleuve Aoüs, par force, crainte ou volonté, quittant le défilé qu’il occupait pour se retirer au fond de son royaume? Admettons qu’il n’y ait rien de vrai dans ce que les Athéniens ont dit tout à l’heure de la cruauté, de l’avidité et des débauches du roi. Supposons que les crimes de Philippe ne nous touchent pas, ni ceux qu’il a commis en Attique contre les dieux du ciel et des enfers, ni, à plus forte raison, ce que les Cianiens et les Abydéniens, si éloignés de nous, ont souffert. Oublions nous-mêmes, si vous le voulez, nos propres blessures, les meurtres et les pillages de biens à Messène, au milieu du Péloponèse, noire hôte de Gyparissie, Garitène, contre tout droit et toute justice égorgé

presque au milieu d’un festin ; Aratus de Sicyonc, malheureux vieillard, que Philippe lui-même nommait son père, assassiné; son tils, tué; l’épouse du tils emmenée en Macédoine pour servir à la brutalité du roi. Abandonnons à l’oubli le viol de tant de vierges et de matrones.... Peuton nous demander de faire ce que nous ne pouvons pas faire? Le Péloponèse est une péninsule attachée au continent par l’étroit défilé de l’isthme, plus ouverte et plus exposée à la guerre navale qu’à toute autre. Si cent navires pontés et cinquante plus légers non couverts, avec cinquante barques isséennes, se mettent à dévaster la côte de la mer, à assiéger les villes qui leur sont offertes presque sur le rivage, nous nous retirerons sans doute dans les villes de l’intérieur? Comme si nous n’étions pas brûlés par une guerre intestine attachée à nos entrailles elles-mêmes ! Lorsque nous serons pressés sur terre par Nabis, et les Lacédémoniens, sur mer par la flotte romaine, où irons-nous imjilorer l’alliance royale et le secours des Macédoniens * ? » Nous concluons comme Aristène que les Acliéens doivent quitter Philippe. Le voilà réduit à ses propres forces et bientôt vaincu. Le tils se soutiendra quelque temps par les inimitiés ({u’inspire Rome trop puissante, et

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