‹ Essai sur Tite Live (volume 2)Chapitre 87 sur 112 · Tite Live, XXXVIll, S.'i. — 2. Ib., XXXVllI · texte numérisé non relu

Tite Live, XXXVIll, S.'i. — 2. Ib., XXXVllI

langueurs; entre les coups de génie sont des intervalles. Ainsi Scipion laisse échapper d’Espagne Asdrubal et la grande armée qui faillit perdre Rome; et Tite Live remarque qu’après la défaite d’Annibal il resta au-dessous de lui-même. Son second consulat est d’un homme ordinaire. Selon Polybe, le protégé de sa famille, il passait dans le public pour n’être ni tempérant ni appli- (lué aux affaires ; il renvoya Caton, disant qu’il n’aimait pas un questeur si exact. Du moins il détendait la discipline, tour à tour indulgent et sévère; à Sucrone, ses soldats, gâtés par l’oisiveté et la mollesse^ se révoltèrent; à Locres, il souffrit que Pléminius, son lieutenant, exerçât la plus détestable tyrannie. 11 n’a pas l’austérité stricte, l’exactitude administrative d’un Romain, mais plutôt la négligence, le goût du beau, la magnificence d’un artLste. « On lui reprochait des hiœurs qui ne convenaient pas à un général romain, encore moins à un homme de guerre. Il se promenait en manteau et eu sandales dans le gymnase, donnant son temps aux livres et à la palestre. Toute sa suite jouissait aussi mollement que lui des délices de Syracuse*. » De tels génies ne peuvent souffrir l’humiliation de l’égalité ni de la contrainte des lois. Ils naissent les

l. Tite Live, XXIX, 39.

r.ES CARACTÈRES DANS TITE MVE. 235

premiers des hommes, et c’est renverser leur nature que les rabaisser sous le droit commun. « Scipion, cité comme accusé, traversa l’assemblée avec un grand cortège d’amis et de clients, et monta à la tribune; alors, au milieu du silence : « A pareil jour, dit-il, tribuns du peuple et vous, « Romains, en Afrique, j’ai bien et heureusement « combattu en bataille rangée contre Annibal et « les Carthaginois. C’est pourquoi, comme il est « juste en ce jour de surseoir aux procès et aux a différends, je vais de ce pas au Capitole pour « saluer Jupiter, très-bon, très-grand, Junon, « Minerve et tous les autres dieux qui protègent « te Capitole et la citadelle, et je leur rendrai « grâces de ce qu’en ce jour et en plusieurs au- « très ils m’ont donné les pensées et le pouvoir « qu’il fallait pour bien servir la République. « Vous tous à qui cela convient, Roimins, venez « avec moi et priez les dieux de vous donner des « chefs qui me ressemblent. Car si, dès l’àge « de dix-sept ans jusqu’à, la ivicillesse, vos hon- « neurs ont toujours devancé mon âge, mes ser- « vices ont toujours surpassé vos honneurs*. « Dans Aulu-Gelle, Scipion dit un mot plus cru et plus expressif ; « Laissons là ce coquin *. » Tout

Page 1