Tite Live,I
ayant fait quelques sacrifices expiatoires, consenés plus tard par la famille Horatia, mit on travers de la rue un poteau, en forme de jouo-, sous lequel il fît passer le jeune homme, la tète voilée. On l'appelle le poteau de la sœur.-TiteLive a-t-il compris partout l'antiquité et la barbarie? Nous verrons tout à l'heure en quels points il les altère; mais du moins avouons qu'il f^arde en orateur l'accent solennel des traditions primitives, et que son talent s'accorde avec son sujet. J'admire encore que son éloquence et son patriotisme aient si bien ranimé dans son cœur les passions politiques et les grands sentiments romains. L'amour des nobles actions, des fortes vertus, des fermes courages, est un sens critique. Il faut de la hauteur d'ilme pour comprendre les actions d'un peuple héroïque, et le discours doit être oratoire pour être digne de tels citoyens et de tels soldats. Tite Live a le cœur de l'antique Rome, et l'on n'en pourrait dire autant de tous ceux qui ont refait son ouvrage. Qu'on lise ce passage de la guerre de Yéies, et l'on verra qu'il est bon de sentir d'une certaine manière pour exprimer de certains sentiments : « En une heure le rempart, les mantelets, qui avaient coûté un si long travail, furent consumés par l'incendie. Beaucoup d'hommes, qui vinrent inutilement au secours, périrent par le fer et le feu. Cette nou-
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velle, portée à Rome, jeta partout la tristesse, et dans le sénat l'inquiéliidc et la peur. Il craignait qu'on ne pût désormais soutenir la sédition dans la ville ni dans le camp, et que les tribuns du peuple ne roulassent la république en vainqueurs ; lorsque tout à coup, ceux qui payaient le cens équestre sans que l'État leur eût assigné de chevaux, après avoir tenu conseil entre eux, se présentent devant le sénat, et, ayant reçu la permission de parler, promettent de faire leur service avec des chevaux qu'ils fourniront euxmêmes. Le sénat leur ayant rendu grâces dans les termes les plus magnifiques, et ce bruit s'étant répandu dans le Forum et dans la ville, le peuple tout à coup accourt autour de la curie : ils sont de l'ordre pédestre, et viennent à leur tour promettre à la république service extraordinaire, soitàYéies, soit où l'on voudra les mener. Si on les mène àYéics,ils s'engagent à ne pas revenir avant d'avoir pris la ville des ennemis. Alors on put à peine contenir la joie qui débordait. On ne voulut pas les louer, comme les cavaliers, par la voix des magistrats, ni les mander dans la curie pour leur faire réponse ; les sénateurs ne peuvent rester dans l'enceinte de la curie; mais d'en haut, tournés vers la multitude qui est debout sur la place aux comices, de la voix, de la main, chacun pour sa part, ils lui témoignent la joie
publique; ils disent que par cette concorde la ville de Rome est heureuse, invincible, éternelle; ils louent les cavaliers; ils louent le peuple; ils exaltent par des louan^ïes la journée elle-même; ils avouent que le sénat est vaincu en bonté et en générosité*. »
VI. A mesure que Tite Livc avance, son récit devient plus vrai. Dans l'histoire des rois, les hommes sont peints avec vérité, mais en général. Dans les trois premiers siècles de la république les sentiments sont déjà romains, et l'on entend l'accent des passions politiques. A partir des guerres puniques, se marquent de plus en plus les traits particuliers qui conviennent uni- <|uement au temps et au pays, et le tableau devient presque un portrait. C'est que les documents sont contemporains et que Tite Live les transcrit fidèlement. Sous les rois, il avait pour sens critique sa grandiose éloquence; dans le premier c\ge de la république, sa vertu et son àmc de citoyen ; ici, son exactitude et sa bonne foi. Toujours quelque mérite remplace ou complète en lui les talents qui lui manquent ou qu'il n'a pas assez grands. Du fond vaporeux de la fable, à Iravers les pays demi-obscurs de l'histoire altérée, il est venu poser le pied sur le seuil de l'histoire