Voy. Leclerc, Journaux ehex les Romains
nius Libon, de Cassius Hemina, de Sempronius Tuditaiius, de Lutatius, du savant Yarron ^ Au moins il eût dû lire les origines du vieux Caton, le dernier Italien de l'Italie. Son malheur et son tort sont de laisser là tout ce qui pourrait le mettre face à lace avec les faits, tout à l'heure les documents originaux et les écrits contemporains, maintenant la géographie. Polybe et Diodorc avaient visité et étudié les pays dont ils font l'histoire ; Tite Live, point, sauf les Alpes, peut-être, si voisines de sa patrie^. De là plusieurs erreurs. Laissons les savants le blâmer d'avoir confondu l'expédition du lac Fucin avec une autre contre les Volsques \ TAchradine à Syracuse avec l'Ile*, d'avoir placé chez les Éques Alba Fucens des Marses*, et, ce qui est plus grave, de décrire assez obscurément les marches et les batailles. Ces taches gâtent un point; mais il en est d'autres qui s'étendent au loin, et altèrent la couleur de toute la toile. Sauf une remarque sur le soleil d'Italie, que les Gaulois ne peuvent supporter, et un éloge oratoire de la situation de Rome, Tite Live n'a jamais observé les climats pour comprendre les mœurs. Je sais que cette méthode est touto moderne ; que, depuis trente ans seulement,
1. Lachmann, I, 43. — 2. Id., 105. Voy. dans Tite Live le passage des Alpes, par Annibal. — 3. Tite Live, IV. — 4. Id., XXV, 30; XXVI, 10.— 5. M,,X, 1.
on essaye de retrouver les passions éteintes, en reconstruisant les objets d'alentour; que les premiers nos historiens ont observé les arbres et les pierres pour deviner Tûmc. Les anciens, moins contemplatifs et moins rêveurs, no racontent que la politique et la guerre, et préfèrent l'exposé des actions à celui des sentiments". Mais, sans raffiner ni conjecturer, Tite Live pouvait imiter Hérodote et Polybe, et ce n'est pas trop exiger d'un historien que de lui donner pour modèles un raisonneur et un conteur. Le chroniqueur curieux* ouvre son histoire d'Egypte en décrivant le sol noir et crevassé, don du fleuve qui s'allonge entre lès sables rougeâtres de l'Afrique et la terre pierreuse de l'Arabie, tantôt répandu comme une mer sur les campagnes et parsemé de villes, tantôt portant sur ses eaux limoneuses des panégyrics retentissantes, et tout un peuple enivré de la puissance de son Dieu. En contemplant dans ces phrases naïves la suite monotone des édifices grandioses el sans nombre qui sont la végétation de ce sol nu, les calmes révolutions de ce fleuve mystérieux et immense, et l'éternel éclat de ce ciel sans nuages, on pénètre dans la vie immobile et dans la discipline étrange de ce peuple disparu. Hérodote, devenu géographe, du