‹ Essai sur Tite Live (volume 3)Chapitre 30 sur 111 · TiteLive, II · texte numérisé non relu

TiteLive, II

rius. S'il rencontre dans les anciennes formules (Hielque marque d'une conquête et d'une révolte*, il l'expose avec embarras, mais sans partir de cet indice pour poursuivre une vùritô humiliante. A chaque instant sa fierté l'emporte sur son bon sens ; encore un pas, il corrigeait les mensonges ; mais un instinct romain l'arrêlc sur le seuil de la vérité. Un jour, il se lasse des éternelles délaites des Volsqucs : commentée petit pays a-t-il pu fournir tant de soldats? Le lecteur ici crie à l'auteur d'avancer : les batailles rangées sont des escarmouches, et bien des victoires ne sont que dans les chroniques. Mais Tite Live, ayant effleuré le doute, reprend complaisammcnt le récit monotone de ces vains triomphes. Il est bien contraint d'avouer qu'on fut vaincu prés de l'Allia. M'ais à l'entendre, la cause en est la volonté, insurmontable du destin. Les Romains ont été aveuglés 2; eux si disciplinés, si religieux, si attachés aux usages antiques, ils ont méprisé les avertissements des dieux; ils n'ont point su se ranger en bataille: ils n'ont ni pris les auspices, ni immolé les victimes. Tout est miracle, ou plutôt tout est éloquence. Voyez ce coup de théâtre qui sauve l'honneur romain: « Avant que l'infâme marché fût accompli, le dictateur sur-

1 . Par exemple le dicton : « Vendre les biens du roi Porsenna. » — 2. Tite Live, V, 38.

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vient; il ordonne d'emporter l'or et d'écarter les Gaulois. Ceux-ci résistent, disant que le traité est conclu. Il répond (ju'un engagement contracté depuis qu'il est dictateur , par un magistrat inférieur, est nul, et déclare aux Gaulois qu'ils ont à se préparer au combats » Comparez cette longue narration romanesque à l'abrégé simple et vrai de Polybe: nul doute; chacun voit d'abord de quel côté est la fable, de quel côté est l'histoire. Pourquoi Tite Live a-t-il adopté la fable? Gela est clair, après ce discours de Camille: « Il ordonne aux siens de jeter en un tas tous leurs bagages, de préparer leurs armes. C'est avec le fer, non avec l'or, qu'ils doivent recouvrer leur patrie. Ils ont devant les yeux les temples des dieux, leurs femmes, leurs enfants, le sol de la patrie défigurée par tant de maux, et tout ce qu'ils doivent défendre, reconquérir et venger. » L'historien combattait de cœur avec ses personnages; il croyait comme eux qu'il portait dans ses mains l'honneur de Rome , et triomphait dans son récit comme sur un champ de bataille. « Déjà, dit-il, la fortune avait tourné ; déjà la protection des dieux et la sagesse humaine aidaient Rome: aussi du premier choc ils sont dispersés sans

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