Sénèque, Quintilien
de celles du Forum. Trop savanics, chargées d'anlillièscs, noyées do lieux communs, elles ^Alaienl le goùl des élèves, et nous rclrouvcrons plus lard dans Tile Livc quelques traces mal ellacéos des anciennes iléclamations.
11 est probable qu'il vint à Rome au temps de la victoire d'Actium'. Du moins il y était quand peu de temps après il écrivit son histoire, ne pouvant trouver cjuc là les documents dont il avait besoin. Auguste, (jui par goût et par politique recherchait les hommes de lettres, fut son ami ; un jour il lui apporta l'inscription de la cuirasse de lin, mise par Corn. Cossus dans le temple de Jupiter Férétrien. ïite Live conseilla au jeune Claude, petit-fils d'Auguste, d'écrire riiisloire, et vécut assez familièrement dans la maison du, prince. A la vérité, si les Suppléments sont exacts, il a blâmé le sénat d'avoir mal i)ayé les services d'Octave ; et il a excusé le meurtre de Cicéron en disant qu'il fut traité comme il eût traité ses ennemis. Néanmoins il demeura indépendant et sincère. Tandis qu'Horace et Virgile mettaient partout le prince au rang de dieux, il le nomma à peine dans son histoire, une fois pour marquer une date, une autre fois pour prouver un fait. Il loua Brutus et Cassius^ et osa
1. Tite Live, I, 19. Cf. Vossius. —2. Tacite, Annales, IV, 34.
dire du grand César qu'on ne savait s'il avait été plus nuisible qu'utile à sa patrie^ ; Auguste l'appelait le Pompéien : si son histoire n'est pas la satire du nouvel empire, elle est l'éloge de l'ancienne république, du gouvernement libre et des mœurs bonnôles. Il se complaît au récit des nobles actions et à la peinture des grandes âmes, en homme qui ne serait pas indigne de les imiter. Il jette quelques mots en passant et tristement contre la corruption présente, « contre cette folie des jeux auxquels les plus opulents royaumes suffiraient à peine, contre la fureur de périr par le luxe et la débauche et de tout perdre avec soi ^ ; « mais il ne déclame pas comme Salluste, qui veut paraître homme de bien faute de l'être. Il se détourne volontiers de ce spectacle, et habite dé souvenir parmi les grands hommes auxquels il ressemble. Autant qu'on peut le conjecturer, il vécut selon ses maximes ; dans un temps où la famille paraissait une charge, et où il fallait des lois contre les célibataires, il se maria deux fois, et eut deux fils et quatre filles^ ; son livre est d'un citoyen, et il passa sa vie au travail.
Cette vertu fut ornée et affermie, comme celle de tous les grands hommes du temps, par la philosophie. Selon Sénèque, il composa plu-
1. sénèque, Questions naturelles, V, 18. — 2. Tite Live, VI, 2, et préface. — 3. Tomasini, page 21.
sieurs dialogues sur la philosophie cl l'histoire, et plusieurs traités de philosophie pure, (pii, aprt's ceux de Pollion et de Cicéron, passaient l»our les plus éloquents de la langue latine'. Ainsi, comme Cicéron, il fut partout orateur. Je ne trouve plus sur sa vie que deux détails; tous deux encore indiquent le goût de l'éloquence. Selon Quinlilien, il conseillait à son fds de lire avant tout Cicéron et Démosthène, puis les autres, d'autant plus qu'ils sont plus semblables à Démosthène et à Cicéron. Sa fdle épousa le rhéteur Magius. Rien d'étonnant qu'il ait tant aimé un art tout romain, le seul où Rome soit vraiment originale, parce qu'il est une arme politique et un instrument d'action; Pollion, son contemporain, se vantait d'avoir déclamé avec une présence d'esprit parfaite, quatre jours après la mort de son fds; tant les Romains s'attachaient à l'ombre de l'éloquence morte :
Simulataque magnis Pergama, et arentem Xanthi cognomine rivum.
Il en fut ainsi de Tive Li:ve. Un mot de lui, conservé par Pline l'ancien^, jette une grande lumière sur sa vie : « J'ai déjà acquis assez de gloire, disait-il dans un livre de son histoire, et je pourrais m'arrôter si mon âme inquiète ne se