Orlûlaii, .Michelct. Creutzci^ Ganz, Hegel
PHILOSOPIIIK MODERXK DK I.'lIISTOIRr;. 181 • le riiisfoiro ol du griiiodo liomo. C'est pounnioi son ospril est la ivllexion (|iii cilculc, non linvontion poéUiiiio ou la sprculalion philosophi- (juc: et son caraclôro consislo dans la volonté raisonfiéc, non dans les sentiments et les aiïections.
De là cette lutte infatigable contre une terre ingrate, ce mépris versé sur celui qui perd son patrimoine, la renommée de celui qui l'augmente, l'économie, la frugalité, l'avidité, l'avarice, l'esprit de chicane, toutes les vertus et tous les vices qui engendrent et conservent la richesse; la propriété tenue pour sainte et sacrée, la borne des champs devenue une divinité, les terres et les créances protégées par des lois terribles, les formes des contrats minutieuses et inviolables; en un mot, toutes les institutions qui peuvent garantir le bien acquis '.
Tandis qu'ailleurs la famille naturelle, établie sur la communauté d'origine, est gouvernée par les affections, la famille romaine, toute civile, fondée sur une communauté d'obéissance et de rites 2, n'est que la chose et la propriété du père, gouvernée par sa volonté, subordonnée à l'État, léguée chaque fois par une loi en présence de
1. Voir les Douze Taliles : le sens prinuiiCdc fula csl crédit, solvabilité ; rev sijrnilie foi luno. — 2. Aijnalin.
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l'Elat^, sorte de province qui est dans la main du père et fournil des soldats au i)ublic-.
Foi'nié de races dilTérenles, violemment réunies, œuvre de la force et de la volonté, non de la parenté et de la nature, l'État contient deux corps organisés qui luttent régulièrement et légalement, non par passion, mais par intérêt, et s'unissent sous la constitution la plus composée et la mieux combinée qui fut jamais. Conquérant par système et avec méthode, pour conserver et exploiter, il pousse au plus haut degré l'art militaire, l'habileté politique, le talent d'administrer, et réunit par la force le monde alors connu en un empire organisé sous une ville maîtresse. Sa politique consiste à changer en soldats de Rome les peuples vaincus , en ministres de Rome les princes et les magistrats étrangers, c'est-à-dire à se donner beaucoup de forces avec peu de dépense. Son art militaire consiste à former les soldats les plus robustes et les plus braves sous la plus stricte obéissance, c'est-à-dire à tirer le plus grand profit de forces très-grandes. Toute sa sagesse est de s'accroître et de se ménager. Institution de la volonté, machine de conquête, matière d'organisation, l'État occupe toutes
1. Testament devant les curies. — 2. Discours du censeur Mélellus sur le mariage.
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los pensées, absorbe tous les amours, se soumet loutes les actions et toutes les institutions.
Cette (loniiiialion de J'intônM personnel et do lï'goïsme national produit le mépris de l'humanité. Le «xenre humain non conquis est une matière c\ conquêtes ; conquis, une proie dont on use et abuse'. Les esclaves sont foulés avec une dureté atroce, des peuples entiers détruits, les rois vaincus menés en triomphe et mis à mort.
Les dieux sont des abstractions sans vie poétique, telle que la sèche réflexion en démêle par l'analyse d'une opération d'agriculture ou des dilTérentes parties d'une maison*, des fléaux adorés par crainte, des dieux étrangers reçus dans les temples par intérêt, comme des vaincus dans la cité, mais soumis au Jupiter du Capitole, comme les peuples au peuple romain. Les prêtres sont laïques, organisés en corps, simples administrateurs de la religion, sous l'autorité du sénat, qui règle l'expiation des prodiges, et seul avec le peuple peut innover. Le culte consiste en cérémonies minutieuses, scrupuleusement observées, parce que l'esprit philosophique et poétique, interprète des symboles, manque, et que le triste raisonnement ne s'attache qu'à la lettre. Il sert
I, Douze Tahles, Hostis tel peregrinus. — 2. Serrator, Occaecator, Domiduca, Prema, Pertunda, Subigus, Honos, Virtus, Pudicitia, Limen, Carduus, Porta, etc.
au sénat de machine politique, et n'est, comme le reste, qu'un instrument d'adminislration.
Dans les arts, rien d'indigène, sauf des mémoires de famille écrits par intérêt de race, des annales sèches rédigées par intérêt public, des rituels, des livres de comptes, des recueils de lois, des livres de sentences morales % le souvenir d'âpres satires politiques; bref, des documents d'administration, des maximes de conduite et des pamphlets. Le reste est étranger, importé ou conquis. Le théâtre vient d'Étrurie, puis de Grèce, simple imitation que le peuple abandonne pour des combats d'ours, et qui se change en un défdé d'armes et d'ornements magnifiques *, parade de guerre et de triomphe. Les monuments des arts sont pillés en Grèce, et du temps de Cicéron' encore méprisés. En poésie, nulle fiction originale, nulle invention de caractères. Les seuls genres où le génie national soutienne l'imitation étrangère sont l'éloquence, arme de forum, la satire, plaidoyer versifié et enseignement de morale, fhistoire, souvenir des faits politiques, et qui n'est à Rome qu'un recueil de mémoires ou un exercice d'éloquence: tous ces genres touchent à la pratique et au gouvernement. Si Rome a des poètes, c'est quand son génie périt sous un esprit
1. Celui d'Appius Csecus. —2. Cicéron, Le»res. —3. Cicéron, Discours contre Verres sur les Statues.
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nouveau. Los seuls spectacles qu'elle invente sont les triomphes et les jeux du cirque, où la victoire continue par l'humiliation et la mort des vaincus, où le spectateur reste conquérant et meurtrier.
Les sciences sont des traductions. On a des compilateurs comme Varron et Pline, des imitateurs comme Cicéron et Lucrèce, quelques recherches dans l'agriculture, la rhétorique, la médecine, l'architecture, toutes sciences appliquées. Nulle métaphysique; on ne copie que la grossière physique d'Épicure et des stoïciens. On n'étudie dans la philosophie que la partie pratique, la morale, et dans un hut pratique. La seule science romaine, toute pratique et politique, est la jurisprudence. Encore, tant qu'elle reste romaine, elle n'est qu'un recueil de formules dont la lettre tue l'esprit ; elle est un manuel de procureurs et non un corps de science ; il faut attendre que la philosophie grecque la forme en système, et la rapproche du droit naturel par les mains de Labéon.
De la nature du génie romain suit son histoire. Puisque la famille et la religion sont subordonnées à l'État, puisque l'art et la science sont nuls ou tout praiques, puisqu'cnfin l'État n'a d'autre but que de conquérir et d'organiser la conquête, l'histoire de Rome est celle de la conquête et de ses effets.
Dans le travail de cette guerre immense, la classe moyenne se ruine ou périt. Dès le temps des Gracqucs, au-dessus d'une populace de pauvres et d'affranchis, il ne reste qu'une classe de grands, maîtres de richesses énormes, de clientèles formidables, d'armées entières, des charges et de la chose publique, d'abord unis, puis divisés, et dont l'un, après un siècle, devient maître. Ce pouvoir, fondé sur la force, passe aux armées qui ont la force. Cependant l'univers, dépeuplé et ruiné par la conquête, par les guerres civiles, par le pillage des proconsuls, par le fisc impérial, ne fournit plus de soldats. Dans la décadence des armées, un despotisme oriental, exercé par une administration savante, se fonde. Par la conquête et ses suites, vainqueurs et vaincus, peuples et libertés, tout a péri. Rien ne subsiste qu'un système d'institutions vaines sous le caprice d'un maître qui souvent est à peine un homme.
Dans la contagion des idées grecques et des mœurs orientales, l'ancienne famille se dissout. Les interprétations des jurisconsultes et des préteurs ont éludé la puissance du mari et du père. La famille civile, devenue naturelle, se fond dans l'excès des plaisirs de la conquête. En dépit des lois d'Auguste, les mariages diminuent, et ne sont qu'une matière pour l'adultère et le divorce.
PHILOSOPHIE MODERNE DE l/lIISTOIRE. 187 l.o myslicismo, la niisrro, l'nrrablonKMil dos riirialos ajoiilont aux oirds de la débauche par le mépris de la vie lorroslro et par le désespoir.
Par CCS chan<,aMiients de la lamille et sous l'effort des pliilosoj)hies étrangères, le caractère romain de la propriété change. Renfermée d'abord dans la seule main du père {mancipium), elle devient un bien de famille {dominhim\ et linit par s'attacher ù l'individu {proprieta?) . Mais améliorée en théorie, en fait elle cesse d'être, parce cjue, selon le droit, l'empereur en est le maître, parce que le fisc en prend les fruits, parce (\no limpcM, la tyrannie, l'ignorance, la dépopulatit)n croissante la rendent stérile ou la rédui- <(ml au néant.
L'antique religion, fondue avec celles de la (irèce et de l'Orient, disparaît dans le Panthéon (les dieux accru des empereurs morts, et ne laisse de soi qu'une pompe officielle et un jjrétexte de persécutions. La jalousie des despotes, l'avilissement de la servitude, la perte de tout intérêt et de toutes})oir, l'abus des plaisirs, la ruine de la Grèce et do l'Orient éteignent ce qu'on voyait encore d'arts et de science. Les jurisconsultes seuls ordonnent un code, dernier ctrel de l'esprit d'organisation.
Ainsi la conquête, effet du génie romain, détruit le génie des peuples et les peuples, laissant, parce
qu'elle fut un système, un système d'institutions sur une matière morte. Mais dans cet abaltemcnt de toutes les forces et de toutes les espérances terrestres, l'homme se réfugie en lui-même. Aidé du mysticisme oriental, il découvre et prépare un nouveau monde dans une nouvelle religion. Yoilà ce que les modernes ont ajouté à Tite Live. La critique commencée par lui, renouvelée dans Beaufort, presque achevée dans Niebuhr, la philosophie couverte sous son éloquence, détournée dans Macliiavel vers la pratique, incomplète dans Montesquieu, deviennent chaque jour encore plus exactes et plus profondes. Ces corrections honorent ceux qui les font, sans rabaisser ceux qui les souffrent. Les premiers auteurs sont les pères de la science, et le seul Tite Live a fait plus pour l'histoire de Rome que tous ceux qui ont voulu le redresser.
DEU\lî:31E PARTIE.
L"H1ST011\E CO>SIDÉÏlÉi: CO.n.>IE L-"H ART.