Tite Live, II
li'iidii iikmI ^iir lii placo : <> Il a rie Iim'- avco juslict\ (lit lo (liclalcur; on ne dcvjiil pas Irailor ou c.iloyon un lioiniiic (|iii, iir dans un pouple liliro, au soin du droit cl dos lois, a\ail roncu l'espoir do rognor, sachant que collo villo on avait ohassô los rois; que la munie année les neveux du roi, lils du consul libérateur de la patrie, dénoncés pour avoir oom|)loté de rétablir les rois, avaient été frappés de la hache par leur père; (|ue lo consul Tarquin Collât in, en haine de son nom, avait été forcé d'abtlicjuer sa matjistraturc et de s'oxiler; que Sp. Cassius, cpielques années après, aNant aspiré à la tyrannie, avait été mis à mort; ipic dernièrement les décemvirs, pour leurs violences lyranni(iues, avaient été punis par la ])erte de leurs biens, par l'exil, par la mort. Qu'un Spurius Xlélius, qui pouvait désirer phih'il qu'espérer le tribunal, ijuun riche marchand de blé eût fait le projet d'acheter pour deux livres d'e farine la liberté de ses concitoyens, et de gagner à la servitude |Kir l'appât d'un morceau de pain un peujjle vainijueur de tous ses voisins; que la cité supportât pour roi celui qu'elle n'eût pas enduré pour sénateur; qu'elle vît dans ses mains les insignes et le commandement de Romulus son fondateur, lils des dieux, reçu parmi les dieux : cela était moins un crime (pi un prodige. Ce n'était pas assez de re.xpier par le sang du
coupable, si l'on no réduisait encore en poussière les loits et les murs où un homme avait pu concevoir cotte folie, si ces biens souillés, prix et payement du trône, n'étaient confisqués ^ ! » Toutes ces raisons sont tirées de la dignité du peuple romain, issu des dieux, triomjjhateur, maître prédestiné du monde. Cette hauteur d'estime où il est de lui-même est sa passion dominante ^ ; il tue un tyran, parce qu'il veut être tyran hii-même, non par culte du juste, mais par amour de l'empire. Ce besoin de commander est si naturel en lui qu'il lui semble de droit divin ; c'est une profanation que l'avertir d'être équitable; et quand les Latins, qui depuis deux cents ans forment la moitié de son armée et font la moitié de ses conquêtes, réclament l'égalité de droits qu'ils méritent, il s'en indigne comme d'un
1. Tite Live, IV, 15. — 2. Corneille connaît les Romains aussi bien que Tite Live; la poésie commente ici l'histoire :
Songez toutes les deux que vous êtes Romaines.
Vous l'êtes devenue, et vous l'êtes encor.
Un si glorieux titre est un digne trésor.
Un jour, un jour viendra que par toute la terre
Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre,
Et que tout l'univers tremblant dessous ses lois,
Ce grand nom deviendra l'ambition des rois.
Corneille sent ici, comme Tite Live, que la vertu ne se soutient pas toute seule, qu'il lui faut une passion pour appui, que l'orgueil fonde l'héroïsme. Le Romain aime sa patrie, mais parce qu'elle satisfait le plus grand de ses désirs en l'établissant roi sur le reste des hommes. Ici comme en beaucoup de cas, le dévouement est une manière d'être égoïste.
LES CARACTÈRES DANS TITH LIVE. 199 sacriU^^'o. Lo coiisiil dii oiiNcrlrniciil «(pic, si les Pères conscrits (Haicnl. assez insensés pour recevoir la loi (l'un homme de Sétia, il viendrait dans le sénat avec une é|)ée, et que tout Latin qu'il verrait dans la curie, il le tuerait de sa main. Puis se tournant vers la statue de Jupiter: «Écoute a ces crimes, Jui)iter! écoutez-les, Droit et Justice! « Des consuls étranj;^ers, un sénat étranger, Jupi- « ter, dans son temple inauguré, toi-même captif « et opprimé, voilà ce ({uc tu verrais * ! « Celte insolence sublime prouve que ces hommes ont des âmes de rois. Il faut voir comment, après la guerre d'Annibal, le sénat et les généraux gourmandent ou louent les peuples et les princes, d'un style bref, en maîtres qui épargnent leurs paroles, et suppriment les ménagements et les délicatesses, sachant (pi'ils ont la force et qu'on est trop heureux de leur obéir. Un gouvernement comme un homme a son style. On sent dans les proclamations de Démosthène^ la généreuse indignation et la douleur éloquente d'un peuple artiste et philosophe, (jui en ai)i)elle aux dieux et aux hommes contre la force brutale, et s'enveloppe de sa gloire avant de tomber. Les décrets du sénat sont les sentences d'un juge qui accable le cœur par sa durcité impérieuse avant d'abattre
1. Tite Live, VIII, 4. — 2. Par exemple, le décret qui précède la bataille de Chéronée.
rennemi sous ses armées. Quand Cotys le prie do fixer la rançon do son lils, ol s'excuse d'avoir aidé Perséc, on disanl ((u'M y élail contraint : « Le peuple romain, lui répondit-on ', se souvient de l'amitié qu'il y eut enlro lui et Cotys, les ancêtres de Cotys, et la nation des Thraces. Les otages donnes à Persée sont un grief, non une excuse. Persée tranquille n'était point à craindre aux ïhraces, bien moins encore Persée occupé par la guerre romaine. Au reste, quoique Cotys ait préféré la faveur de Persée à l'amitié du peuple romain, le sénat considérera moins ce qu'il mérite que ce qui est tligne de Rome. Il lui renverra son fds et ses otages. Les bienfaits du peuple romain sont gratuits. Il aime mieux en laisser le prix dans l'âme de ceux qui les reçoivent 'que se les faire payer comptant. » Quand Popilius, traçant un cercle avec ga baguette autour du roi de Syrie, lui ordonnait de répondre avant d'en sortir, il ne faisait rien d'extraordinaire. Tout Romain traitait les étrangers en sujets.
De cet orgueil public et privé, né avec Rome, nourri par une succession de victoires et par l'habitude de la domination, naissait un genre particulier do courage. Les Romains ne combat-
1, Tite Live, XLV, 4'2.
[on\ pas pari'laii do l)ravonro et d'imagination, (H)nini(> les Alliriiiciis, par besoin d'action ol d(^ niou\cinenl,coinnii' les barbares, mais par maximes irorirueil et pai" obstination. Leurs dél'ailes sont admirables. Pivsde la Trébie, à Trasimène, des eorps de Iroupes p(M'cenl loule rarméc victorieuse (pii les enferme. A Cannes, ranf,''és en corde, cinquante mille liommcs moururent jusqu'au dernier, ceux des bords tombant sans cesse, ceux du cenire prenant leur place'. Dix mille liommes laisses dans le camp étaient restés prisonniers; ils demandèrent à être rachetés, et sur la place des comices, une foule de femmes suppliantes tendaient en pleurant leurs mains vers la curie; alors le consul Manlius fit ce discours i)lus beau que le dévouement de tous les morts : « Si les députés avaient seulement demandé pour ceux qui sont au pouvoir des ennemis qu'on les rachetât, j'aurais en rpielques mots donné mon avis, sans atlaquer aucun d'entre eux; car, que fallait-il faire, sinon vous rappeler que vous devez, par un exemple nécessaire à la di.scipline, conserver une coutume reçue do nos pères? Mais ])uis{|u'ils se sont i)resque ^dorifiés de s'être livrés aux ennemis. Pères conscrits, je ne vous laisserai rien ignorer de toul ce