‹ Essai sur Tite Live (volume 3)Chapitre 78 sur 111 · Cicéron, des vrais Biens et des vrais Maux · texte numérisé non relu

Cicéron, des vrais Biens et des vrais Maux

LES CAIIACTKKES DANS TITE MVi:. 217

obsliiK-e, (jui, lo jour du marclir, aflhiaiil par los rues poudivnses el étroilcs, serre ses masses coinpaclcs autour des Rostres, et, de ses rudes mains, parmi les clameurs et les injures, rel»ousse les licteurs du consul.

Tile Live manpio seulement en (jnelqucs traits I(^ caraclèro des peuples ^aincus. On a vu i)Ourtant qu'il a bien représenté le facile esprit et la savante rhétorique des Athéniens , la fougue bruyante et le naturel mou des Gaulois. Voici maintenant une peinture des Asiatiques.» Le député d'Antiochus, parleur emphatique, comme tous ceux que nourrissent les richesses des rois, fut entendu le premier. En termes sonores et vains, il couvrit de soldats la terre et la mer. A l'entendre, une multitude innombrable de cavalerie entrait i)ar rHelles[)ont en Europe, composée en i)artie de cuirassiers nommés cataphracles, en ])artie d'archers à cheval contre qui rien n'était en sûreté, lors(jue, dans leur fuite, ils décochaient par derrière leurs flèches inévitables. A ces forces de cavalerie, quoiqu'elles eussent pu suffire pour écraser toutes les armées de l'Euroi)C réunies, il ajoutait des troupes de pied de tout genre, et effrayait l'auditoire par des jioms de peuples ù peine connus, Dahes, Mèdes, Élyméens, Cadusiens. Quant aux forces navales, nul port de la Grèce ne i)Ourrail les contenir : les

Sidonicns et les Tyriens formaient la droite; les Aracicns et les Sidètes de Pamphylic, la gauche. Aucune nation n'avait jamais égalé celles-là, ni pour l'art, ni pour le courage sur mer. Parler de l'argent et des autres préparatifs de guerre était inutile ; ils savaient eux-mêmes que les royaumes de l'Asie avaient toujours regorgé d'or. Aussi ce n'était point à Annihal et à Philippe , l'un chef d'une seule cité, l'autre enfermé dans les limites de la Macédoine, que les Romains auraient affaire, mais au grand roi de toute l'Asie et d'une l)artie de l'Europe*. » .Jamais ennemi, dit Tite Live^, ne fut plus méprisé des Romains; ils voulaient l'attaquer dans son camp ; et dans la bataille, pour trois cent cinquante soldats qu'ils perdirent, ils tuèrent, dil-on, cinquante mille hommes. Le roi ordonna à ses députés d'accepter toutes les conditions quelles qu'elles fussent. Leurs prières furent abjectes : « Nous ne savons, Romains, que dire nous-mêmes; nous venons plutôt vous demander par quelle peine nous pouvons expier l'erreur du roi et obtenir paix et pardon de nos vainqueurs. Votre grand cœur a toujours fait grâce aux peuples et aux rois vaincus. Avec combien plus de clémence et de magnanimité devez -vous i)ardonner dans cette

l. Tite Live, XXXV, 48. — 2. Ib., XXXVI, 39.

LES CAHACTKRES DANS TITK LIVE. 210 vicloii'c (|iii \()iis rend maîlrcs tlii nioiidcl Uenoiicaiil (lésoniiais à coiiihallro les inorlols, il vous convienl coiuine aux dieux d'éparfrncr cl do protéger le genre humain*. » L'cnnpliase est la même dans la servilité et dans l'arrogance, et ces vains génies insullenl et se prosternent du même visage, toujours dans l'exagération et le mensonge, incapables de mesure et de vérité. Il y a bien encore quelques mots dans Tite Live sur le courage obstiné des Samnites, sur le facile en thousiasme des Grecs, sur la mauvaise loi des Carthaginois; mais une esquisse n'est })as un portrait ; il expose plutôt les passions sim})les, générales, humaines, (jue les passions composées, particulières, nationales. L'éloquence n'est pas l'imagination, et, pour être peintre, il est dangereux d'être orateur.

II. Au-dessous de ces grandes figures, se lèvent celles des hommes illustres. S'il y a plaisir à connaître les goùls, les maximes, les manières, le langage d'un personnage imaginaire, combien jdus celles d'Annibal, de Paul Emile, de Scipion? Ici l'historien est vraiment poète. Il laulle même génie pour ressusciter que i)Our créer.

Coriolan, Appius, Cincinnalus cl (juelques au-

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