Tite Live, VIII
Dans cclto dernitro phraso, Tito Livo plaide d'avance pour Fal)ius. La premic'^re est un exordc (pli annonce el résume lout le récit. Cicéron n'eu! pas désavoué la grande période; (|ui expose si longuement les raisons de Fabius et exagère la négligence des Samnites. Lisez six lignes de suite dans Tite Live; involontairement la voix s'élève, vous prenez le ton soutenu, vous défendez une cause, et vous prononcez un discours.
« Le maître de la cavalerie, comme il est naturel dans un si grand carnage , ayant conquis beaucoup de dépouilles, rassembla en un grand monceau les armes de l'ennemi, y mit le feu el les brûla, soit qu'il eût fait un vœu à quelque dieu, soit, si l'on en veut croire le témoignage de t'abius, pour empêcher le dictateur de prendre le fruit de sa gloire, d'y inscrire son nom ou do porter les dépouilles à son triomphe. D'ailleurs la lettre dans laquelle il annonçait sa victoire^ adressée au sénat, non au dictateur, montrait qu'il ne voulait nullement lui faire part de sa gloire. »
Tite Live, ici, justifie le dictateur, un peu auparavant 1^ maître de la cavalerie; il explique et raisonne. Son récit n'est i)as la narration pure; cet enchaînement est d'un orateur. Puis aussilùL la passion déborde, et avec elle l'éloquence.
« Du moins lo iliclaleur le prit de toile sorte (jue, tandis qiio les autres se réjouissaient de la victoire ^'agnée, il en montra de la coKmc et du chagrin. Il congédia donc brusquement le sénat, et sortit précipitamment de la curie, répétant que les légions des Saninites, moins cpie la majesté dictatoriale et la discipline militaire, étaient \ aincues et renversées par le maître de la cavalerie, si, après avoir méprisé son autorité, il demeurait impuni. Aussi, plein de colère et de menaces, il partit pour le camp ; mais, quoiqu'il allât à grandes journées, il ne put prévenir le bruit de son arrivée. Car plusieurs de la ville l'avaient devancé en toute luUe, annonçant que le dictateur venait avide de châtiments et louant l'action de Manlius presque à chaqye parole. »
Le discQurs qui suit manque |)eut-être de naturel. Il est de Tite Live et non de Fabius. Mais quel art pour irriter et envenimer les passions, pour joindre la cause du général à celle des soldats, pour rendre le dictateur odieux!
« Fabius, ayant aussitôt convoqué les soldats en assemblée, les conjure d'employer le courage avec lequel ils ont détendu la république contre ses ennemis les plus acharnés, pour le protéger, lui, sous les auspices de qui ils ont vaincu, contre la cruauté elïVénée du dictateur. Il vient, égaré par l'envie, irrité contre la vertu et le bonheur
des autres, furieux de ce que, lui al)sent, la république a été bien servie. Il aimerait mieux, s'il pouvait cbanger la fortune, que la victoire fût mix Samniles qu'aux Romains. Il réi)ète que son autorité a été méprisée, comme s'il n'avait pas défendu de combattre dans le même esprit qu'il s'afllige ({u'on ait combattu. Alors c'était par envie qu'il avait tenté d'enchaîner le courage des autres et qu'il avait voulu ôter les armes à des soldats impatients de s'en servu-, pour que, en son absence, ils ne pussent seulement remuer. Maintenant il est furieux, il est désolé que, sans L. Papirius, les soldats aient eu des armes et des bras, que Q. Fabius se soit cru général de la cavalerie et non valet ^ du dictateur. Qu'aurait-il fait si, comme le hasard de la guerre et Mars, dieii des deux armées, pouvaient l'ordonner, le combat eût été malheureux, puisque les ennemis étant vaincus et la république bien servie, si bien que lui, ce chef unique, n'eût })u mieux la servir, il menace du supplice le maître de la cavalerie? Ce n'est pas qu'il soit plus ennemi du maître de la cavalerie que des tribuns des soldats, que des centurions, que des soldats. S'il le pouvait, il se vengerait sur tous; ne le pouvant, il se venge sur un seul. Mais l'envie, comme la flamme, se