Tite Live, II
r.KS NARRATIONS DANS TITK [.IVK. 25^
inrni Idi'alciir du pciiili'c. Ohii-ci, (|ni no son^ro ni àjiipor. ni à imposer son jn^omenl, n'a d'anlrc (irsir (|Uo ilc \oii- claircnionl Ions les sonlinuMils, toutes los résolnlions, toutes les actions, toutes les attitudes do ses personnages, ni d'autre but (|uo de los ini|)rimor telles qu'elles sont dans l'esprit du spectateur. L'autre, unicjuenient attaché à nous toucher ou à nous convaincre, traite les faits en moyens oratoires, ne raconte (jne pour émouvoir, choisit, ordonne, expose, pour exciter en nous, non une imaij:e vive ou une idée exacte, mais une |)ersuasion solide ou une forte jiassion. Si j'admire los Fabius, si à Zama l'attente de la bataille me tient suspendu, si je loue le courage dos Horaces, Tito Live m'a gagné à son opinion, il est content. Des redites, (piel- (|ues développements communs, plusieurs exagérations passionnées, tels sont les défauts (jue l'esprit oratoire met dans la narration.
11. Mais il y apporte le plus noble mérite, le talent d'animer et do lier toutes les ])artios du récit. Car l'éloquence est l'art de bien convaincre c'est-à-dire d'assendder en un corps de preuves toutes les parties d'un sujet, de transformer une suite de faits on un raisonnement continu, do disposer les idées ordonnées en vue d'une conclusion unitpie; ej elle est encore le talent de bien
persuader, c'osl-ù-diro la sagacité prompte qui incessamment devine les passions qu'un événement ou une situation peut faire naître, compte leurs attaches et leurs contre-coups, sait les abattre et les exciter. Les objets de l'imagination oratoire ne sont point les couleurs, les sons, les formes corporelles, mais le monde intérieur de l'àme ; elle n'est pas capricieuse, brusque, ailée, comme l'imagination poétique; elle ne peint pas par un mot; elle n'enferme pas tout un caractère dans le raccourci d'une expression; elle n'a pas d'éclairs. Elle développe régulièrement, avec un enchaînement rigoureux et une abondance extrême, une multitude d'idées et de sentiments; au lieu de mettre les événements sous nos yeux, par des images, elle les rend sensibles à notre âmé par des émotions. Par elle, l'historien, en apercevant les faits, saisit, sous la forme qui les manifeste, la passion qui les vivifie, et retrouve le drame intérieur qui les amène et qu'ils dénouent. 11 est beau de le voir ainsi marcher parmi les documents inertes et morts, les toucher tour à tour pour y découvrir les signes de la vie, et tout à coup, par une conjecture certaine, tressaillir en comprenant la force et l'ardeur des sentiments éteints, comme un homme qui voit des jets de fumée sortir des toits d'un large édifice, et devine l'embrasement caché
LES NARRATIONS DANS TITE r,lVi:. 255 (Icrrirre les nuirs. Voyons dans l'Iiisloirc do Pal»iriiis cl (le Fabius l'exemple de cet ordre ré^Miiier et de ces passions ranimées. La narration est si oratoire qu'elle est composée de discours.
« On ixirlit pour le Sainiiiuiii avec des aus- ] lices douteux. Ce vice des lormes religieuses tourna non contre l'issue de la guerre, (|ui lut heureusement conduite, mais contre les généraux, dont il causa la haine el les fureurs. Le dictateur Papirius, averti par le puUaire, étant retourné à Home pour |)rcndre une seconde fois les auspices, i)rescrivil au maîlrc de la cavalerie de se tenir en place, et, lui absent, de ne point en venir aux mains avec l'ennemi. Fabius, après le déi)arl(lu dictateur, ayant ajiprispar seséclaireurs (pie la négligence était aussi grande; parmi les ennei^iis (pie s'il n'y avait |)as do Romains dans le Samnium, soit ])oussé par une lierté do jeune homme, et indigné (pie le salut public parût reposer sur le dictateur, soit entraîné par roccasi(jn d'un succès, ayani dis[)osé el préparé son armée, marcha sur Imbrinium ^c'esl le nom du lieu), et livra aux Samnites une bataille rangée. Le sort de ce combat fut tel que, le dictateur i)résenl, la chose en aucun point n'eu! pu mieux èlre coiidiiile '. »