VI. A mesure que Tite Live avance, son récit
devient plus vrai. Dans l’histoire des rois, les hommes sout peints avec vérité, mais en général. Dans les trois premiers siècles de la république les sentiments sont déjà romains, et l’on entend l’accent des passions politiques. A partir des guerres puniques, se marquent de plus en plus les traits particuliers qui conviennent uniquement au temps et au pays, et le tableau devient presque un portrait. C’est que les documents sont contemporains et que Tite Live les transcrit fidèlement. Sous les rois, il avait pour sens critique sa grandiose éloquence; dans le premier
âge de la république, sa vertu et son âme de ci-
toycn ; ici, son exactitude et sa bonne foi. Toujours quelque mérite remplace ou complète en lui les talents qui lui manquent ou qu’il n’a pas assez grands. Du fond vaporeux de la fable, à travers les pays demi-obscurs de l’histoire altérée' il est venu poser le pied sur le seuil de l’histoire
l. Tite Live, V, 7.
complète et pure. Chaque année maintenant on voit le sénat, le jour où les consuls entrent en charge, se rassembler au Capitole, distribuer les commandements contre Annibal, prescrire les sacrifices expiatoires, ordonner l’impôt, les levées, les approvisionnements, juger les réclamations des colonies et des municipes, envoyer des ambassades, pourvoir à la Sicile, à l'Espagne, à la Cisalpine, et régler toute la conduite de la guerre. Les événements sont plus pressés, les narrations plus courtes, les discours moins fréquents. On s’explique les mouvements complw qués de cette grande machine politique. On pénètre dans son intérieur, on compte ses rouages. Ici sont des restes de l’ancienne opposition des ordres. Quand les deux consuls sont plébéiens*, les augures déclarent encore les présages contraires. Deux nouvelles classes se forment, les nobles et les citoyens sans ancêtres* ; Yarron est élu parce qu’il est homme nouveau. Cent détails jetés çà et là par le mouvement du récit montrent la constitution et les sentiments de l’Italie. C’est une armée de villes libres dont Rome est le général. Sous sa suprématie, chacune se gouverne, lève, pour la cause commune, de l’argent et des hommes, et, quoique dépendante, garde chez