Tito Cive, VI
IA
te
livres, sans mesurer auparavant ce qu’ils méritent de confiance. Or, sans estime exacte de la certitude acquise, il n’y a pas de science. L'historien, comme l’astronome, doit limiter d’avance
les erreurs prévues de ses instruments imparfaits, et marquer de combien sa probabilité approche de l’évidence. Quand on plonge profondément dans le temps ou dans l’espace, le principal travail est de fixer à quel degré d’assurance peut et doit monter la croyance. La science est une monnaie qui n’a de valeur qu’en portant sur soi le chiffre de valeur. Tito Live sent que les
premiers siècles sont douteux; mais il 11e dit pas jusqu’à quel point il faut douter. Remarquez encore qu’il critique aussi peu les événements que les documents. S’il connaît le jeu des passions humaines, c’est dans les faits grands et saillants,
' dans une bataille, une délibération, une sé- * dition. Mais souvent il ignore les mœurs étranges et oubliéCvS qui ont fait les institutions, les révolutions obscures et lentes qui les ont défaites , et les vastes monuments insen- ’ sibles par lesquels naissent et se forment les nations. Rome, dans son histoire, se fonde tout
: , d’un coup telle qu’elle sera pendant plusieurs , siècles. Romulus, un jour, s’avise d’un décret, et • \ voilà le peuple divisé en deux ordres. Numa, d’un ' * .
seul coup, invente tout le culte, crée les prêtres. . ; ' 1 », ^ ■■ ,