‹ Essai sur Tite Live (volume 4)Chapitre 37 sur 103 · Beaufort, p · texte numérisé non relu

Beaufort, p

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sur la foi de Fabius et de Dioclèsy adopte vôtre version, en cite d'autres fort différentes. Cicéron * . déjà s’en ôtait moqué. Quant aux rois d’Albe et

à l’arrivée d’Enée en Italie, les érudits Dodwell, .

Cluvier, Brbchart, en ont depuis longtemps fait ' * justice. La date de la fondation est-elle plus cer- ! . taine? Selon Denys, c'est Caton qui, le premier, • ’ essaya de la ffxer 1 . Ennius la met cent ans plus ; • ,,

tôt. Que de chances d’erreurs dans une chromé- .

logie fondée sur l’usage de désigner les années par. les noms des magistrats ! Vous avouez que les noms sont plus d’une fois différents , selon . les différents annalistes, et que la coutume dé marquer les années par un clou était rare et fut' ; longtemps interrompue. Ôn : ne sait dond ni quand, ni comment Rome fut fondée. Dans les *• faits qui suivent > autant d’invraisemblances et • de contradictions. Denys * 2 fait des Romains une colonie de gens honnêtes que le malheur des temps porte à quitter leur patrie ; alors pourquoi *.

les villes voisines leur refusent-elles des fem-; mes? « Est-il croyable qu’un prince bien fait, et * / « orné de tant de belles qualités, tel que les his- « toriens nous représentent Romulus, ait été.;

« réduit à la nécessité de vivre dans le célibat, ; .

. « s’il n’avait eu recours à la violence pour avoir *

K Be&ufort, p. 225. —2 ,7b., Dissertation, eto.,p. 259.

« une femme? Quelques-uns disent qu'Hersilia « qu’il enleva épousa Hostus Ilostilius. Ainsi le « pauvre prince reste sans femme, ou du moins « il est incertain qu’il en ait une. » Denys raconte autrement que vous l’interrègne, le gouvernement alternatif des sénateurs, l’élection de Numa et de Servius. L’histoire du bom et du méchant Tarquin , de la bonne et de la méchante Tullia, n'est pas un roman, mais un conte. J’ai parlé de Tanaquil qui, selon vos dates, aurait eu un fils à soixante-quinze ans. A chaque page, on reconnaît d’anciennes légendes inventées ou empruntées par amour-propre, celle de M. Scævola par exemple. Les Mucii plébéiens 1 trouvèrent commode de se donner une origine patricienne, et d'expliquer leur surnom de Scævola. Selon Pline et Tacite, Porsenna prit Rome, et il fut défendu à vos compatriotes de se servir du fer, excepté dans l’agriculture. Tous les malheurs et toutes les hontes de vos ancêtres sont recouverts par des traits de vertu imaginaires. Les Fabii, selon vous, meurent on héros, pour avoir entrepris seuls une guerre publique; selon Denys, ils tombent dans une embuscade en faisant un sacrifice sur les terres ennemies. — Vous croyez, d’après vos annalistes, que les Gaulois vain-

J. peaufort, p. 330.

qitetfrs furent détruits par Camille dans Rome et à Gables; et Ton voit par Polybe qu’ils retournèrent tranquillement chez eux pour défendre leur pays contre les Vénètes. Qu’on dresse une table des guerres gauloises selon Polybe et selon vous, et l’on verra combien vos auteurs ont dissimulé de défaites et supposé de victoires. Cicéron se plaignait déjà des triomphes inventés, qui ornent et faussent les éloges funèbres. Les fables sont si nombreuses et si vivaces, qu’elles naissent et croissent encore sur des événements que vos premiers annalistes avaient pu voir. Tandis que Sempronius Tuditanus, Cicéron, Florus* Tubéron, font périr Régulus, chacun par des tortures différentes, Polybe, si voisin des faits, si exact, si instruit, si favorable aux Romains, ne dit rien de ces cruautés invraisemblables ; et, si l’on pouvait conjecturer le vrai à travers tant de contes, on trouverait peut-être que ce supplice fut sup-

posé, pour excuser celui que les fils de Régulus firent subir aux prisonniers carthaginois 1 . Concluons donc que les monuments de PMstoire romaine étaient rares et ont péri, que les documents mensongers qui ont survécu n’ont transmis que des faits douteux, souvent invraisemblables, parfois contradictoires, et qu’une histoire ainsi faite n’a rien de certain. »

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