Tite Live, XXXV
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les feslins de noce, il vient livrer bataille *. » Un instant auparavant, on voit par les discours d’An-
nibal combien le roi eut tort de s’aliéner Philippe et de ne pas porter la guerre en Italie. Celle qu’il fait n’est qu’une longue déroute. Il perd ou abandonne tous les postes où il pouvait arrêter Pennemi. « Il fallait défendre Lysimachie, lui dit Scipion, pour nous empêcher d’entrer dans la Chersonèse ou nous résister sur rHellcspont, pour nous empêcher de passer en Asie, si vous vouliez nous demander la paix en nous inquié-
tant sur l’issue de la guerre ; maintenant que vous nous avez accordé le passage en Asie, et que vous avez reçu non-seulement le frein, mais encore le joug, pouvez-vous discuter en égaux quand vous n’avez plus qu’à subir la loi du maître 2 ? » En effet, la bataille de Magnésie fut une boucherie, l’épouvantail des chars armés de faux et des cavaliers bardés de fer lutta la déroute. Tout cet appareil ne fut qu’une proie. « Dès lors l’Asie, la Syrie et ses riches royaumes jusqu’au lever du soleil, furent ouverts à la domination romaine. Rien n’empêcha plus que, de Gadès à la mer Rouge, leur frontière ne fût bornée par POcéan dont l’enceinte limite la terre, et que le genre humain ne vénérât le nom de Rome comme le premier après celui des dieux 2 . »
l.Tite Live, XXXVI, 17.— 2. Ib., XXXVII, 36,-3. /&., XXXVI, 17.
JI. L’histoire de Rome au dedans est le progrès
de la classe moyenne qui conquiert des droits et
•reçoit des terres. Ces deux idées sont dans les harangues, mais enllammées par la passion, telles qu’on les agitait au milieu du bruit de la place publique, « Un vieillard avec les marques de tous . ses maux se jette dans le Forum. Ses vêtements sales, son corps exténué, plus hideux encore par sa pâleur et sa maigreur, sa longue barbe, ses cheveux lui donnaient un air sauvage. On le reconnaissait pourtant, tout défiguré qu’il était; on disait qu’il avait été centurion : la foule en le plaignant célébrait ses autres récompenses mili-, taires. On lui demande pourquoi cet aspect, qui l’a ainsi défiguré ; et le peuple s’amassait autour de lui en forme d’assemblée. Pendant qu’il ser- . vait contre les Sabins, dit-il, non-seulement il avait perdu sa récolte par les ravages de l’ennemi, mais sa ferme avait été brûlée, tout son
bien pillé, son troupeau enlevé; dans cotte dé-' tresse on avait exigé de lui l’impôt. II avait emprunté; sa dette grossie par l’usure l’avait dé-.' pouillé d’abord du champ de son père et de son aïeul, puis du reste de son bien, puis comme une lèpre avait atteint son corps. Emmené par son créancier, il avait trouvé non un maître, mais un geôlier et un bourreau. En môme temps il montrait son dos meurtri par les coups récents des
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verges 1 . » On comprend maintenant ces fortes paroles du peuple : « Us disaient en frémissant que combattant au dehors pour la liberté et pour l’empire, ils étaient au dedans traités en captifs et opprimés par leurs concitoyens, et que la liberté du peuple était plus en danger dans la paix qjie dans la guerre, parmi leurs concitoyens que parmi des ennemis. Que les patriciens fassent le service, que les patriciens prennent les armes, qu’ils aient les périls de la guerre, puisqu’ils en ont les récompenses. » Mais la misère moins que l’insulte touche des âmes libres. « Déjà, Romains, dit Canuléius, j’ai remarqué souvent combien les patriciens vous méprisent, combien ils vous jugent indignes d’habiter avec eux dans la môme * . ville, entre les mêmes murs; mais je le sens aujourd’hui mieux que jamais, en voyant avec quelle fureur ils s’emportent contre nos propositions. Eh quoi ! si l’on donne au peuple romain ' la liberté des suffrages pour qu’il puisse confier le consulat à qui il voudra, si l’on ne retranelle pas au plébéien digne de cet honneur su prôme l’espoir de parvenir à cet honneur suprême, cette ville ne pourra subsister? C’en est fait de l empire? Demander qu’un plébéien soit consul est un scandale, comme si l’on disait qu’un es- «*
• 1 1. TiteLive, 11,23. • '
claveou un fils d'affranchi sera consul? Sentezvous enfin sous quel mépris vous vivez? Ils vous empêcheraient, s'ils pouvaient, d’avoir part à [
cette lumière; ils s’indignent que vous parliez, que vous respiriez, .que vous ayez figure humaine..** Peut-on inventer un plus grand affront j
que de séparer comme souillée une partie de la nation, en la tenant indigne du mariage? Qu’estce autre chose que de soüffrir dans l’ençeinte des mêmes murs l’exil et la déportation? Pourquoi
n’établissez-vous pas aussi qu’il n’y aura point . mariage entre les pauvres et les riches? Pourquoi ne défendez-vous pas qu’un plébéien soit le voisin d’un patricien, qu’il aille par le même chemin, qu’il s’asseye à la même table, qu’il se « \
tienne dans le même Forum? — Consuls, que cette guerre soit feinte ou véritable, le peuple est prêt à vous suivre, si, en lui Tendant les mariages, vous faites de cette cité un seul État, s’il a le droit de se joindre, de s’unir, de se mêler à vous ri
par des alliances privées, si l’on ouvre aux hommes actifs et courageux l'espérance et l’accès des
honneurs; si on lui accorde sa part et son rang
dans la chose publique ; si, selon les droits d’une * .
liberté égale, il lui est permis dans les magistrat
tures annuelles de commander et d’obéir tour à
tour. Si on s’oppose à ces demandes, déchaînez - *
dans vos discours et multipliez les guerres ; per- *.
sonne ne, donnera son nom, personne ne prendra les armes, personne ne combattra pour des maîtres orgueilleux qui ne veulent avec nous ni alliance publique par le partage des honneurs, ni alliance privée par le droit de mariage 1 . » Ainsi Tite Live explique la révolte dés plébéiens en plaidant leurs sentiments, et leur succès en
montrant leur force. Ils finissent par vaincre parce qu’ils sont l’armée, et que depuis Servius ils forment un corps. Il faut bien qu’on leur cède* sous peine de voir Rome se retirer de Rome, '
‘ comme il arriva pour l’établissement des tribuns, après le meurtre de Virginie, au retour des ' révoltés de Capoue, au temps du dictateur Hortensius. Pressés par les Yolsques, les Éques et ‘ tant d’autres* les patriciens sont forcés, pourgarder leurs soldats, d’en faire des propriétaires et des citoyens.
III. Tite Live, ayant marqué les causes générales qui forment en groupes les événements
particuliers, n’a pas laissé cet immense journal de sept cents années sans un lien commun. Son abrégé de l’histoire est que les mœurs, d’abord
pures, se sont corrompues ; il le dit au commen-
cernent de son livre, quand il conseille au lec-