Sauf la Bretagne, selon les suppléments
conditionsdes traités, sans en rechercher les motifs ni les effets. Comment le ferait-il, étant aüssi peu politique que tacticien, aussi peu attentif à la constitution des États qu’à la géographie, des pays? A plus forte raison, il n’a pas expliqué les changements qu’il n’a pas rapportés. Lorsqu’il s’agit de droit, de littérature, de science, de commerce, d’industrie, de mœurs domestiques, les lois chez lui comme les faits manquent. Et pour-
tant tout contribue à chaque événement; chacun d’eux tient aux autres par cent mille chaînes invisibles; pour le comprendre, il faut voir agir toutes ces causes éparses, ouvriers innombrables, qui travaillent sourdement et tissent la trame infinie de l’histoire. La vérité est qu’après avoir lu Tite Live, il reste à étudier chez lui et ailleurs le climat, le sol, les institutions, le plan de conduite des différents peuples, et bien d’autres choses; qu’on connaît par ses discours certains intérêts et certaines passions dominantes, mais rien de plus, et qu’on juge l’auteur plus admirable qu’instructif. S’il raisonne, c’est par un bonheur oratoire, quand son personnage doit être meilleur politique et capitaine que luimême. Il y a, pour un historien, un moyen certain d’omettre des causes : c’est d’attendre que sur son passage un personnage orateur se rencontre pour les expôseiv
III. Le môme dôfaut accumule les détails inutiles, et laisse dans l’ombre les faits importants. Les événements doivent être pesés et non comptés, et c’est étouffer les grands que de donner à tous une place égale. Tel combat contre les Èques ou les Volsques peut être négligé sans grand dommage. Mais l’alliance conclue avec les Merniques et les Latins, qui soutient Rome débile contre ses voisins, la loi des Douze Tables, qui établit la liberté civile, la loi Licinia, qui renouvelle la classe des petits propriétaires, l’institution régulière des municipes et des colonies, qui fait de l’Italie un État unique, discipliné et stable, voilà des faits qu’il faut mettre dans un lieu éclatant et élevé, d'où -ils puissent dominer et éclairer tous les autres. Les événements forment une armée, et chacun n’y tient que la place d’un homme. Mais les uns sont des chefs et mènent les autres; on peut oublier plusieurs soldats, pourvu qu’on voie le général. Tite Live passe rapidement sur les faits notables, pour s’arrêter complaisamment sur ceux qui prêtent à l’éloquence, se croyant fort exact, parce que chaque année il dit les noms des consuls, les pestes, les
prodiges, toutes les expéditions, tous les sièges.
Ce n'est là qu’une revue et un dénombrement; quel jues chiffres et une phrase générale auraient pu en tenir lieu, et l’on en eût su tout autant ;
on en eût su davantage : car on aurait remarqué plus aisément les faits remarquables; on ne se-
rait pas réduit à écarter la foule importune des détails monotones, pour saisir le combat ou le traité qui décide de la guerre. Pour mieux instruire, il fallait mieux choisir.
Tels sont les effets de Pesprit oratoire. Tite Live en louant la vertu et en composant des discours, fournit à ses successeurs plusieurs lois;
mais il leur laisse le soin de les dégager d’entre
les harangues, de leur ajouter celles qu’il a omises, de distribuer les faits dans un ordre meilleur, d'en effacer un grand nombre, de^donner aux plus importants plus d’importance, et de changer une narration éloquente de faits mal * liés en un système de lois régulières et d’événements expliqués.