‹ Essai sur Tite Live (volume 4)Chapitre 71 sur 103 · DE L’ART EN HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE L’ART EN HISTOIRE

l’art; on verra qu’elles ne sont parfaites que par la perfection des diverses parties de la science, et que la science achevée produit d’elle-méme l’art accompli. — Le savant étudie dans les particuliers et dans les peuples le caractère, parce que le caractère est la vraie cause des actions privées et publiques. Pour cela, il remarque les liassions originales, parce qu’il a pour charge de trouver des vérités nouvelles, et que les sentiments cômmuns à tous sont déjà connus; il les ordonne en un système sous une inclination dominante, parce que son office est de classer et de lier les faits. Mais le plus grand talent d’un pocte est de bien figurer les caractères, parce que, s’ils manquent, les personnages sont des masques et non des hommes. Dans ce dessein, il saisit les traits distinctifs, parce que seuls ils peignent le personnage et intéressent le lecteur ; il les accorde entre

eux, et les soumet à une disposition maîtresse, parce que l’harmonie est une beauté et donne un plaisir. Ainsi, l’historien fait des portraits en cherchant des causes, et, parce qu’il veut in- • struire, il plaît. Au milieu des textes et des formules, il voit se dresser des figures, et trouve le beau parce qu’il cherche le vrai. — Maintenant le savant rassemble tous les événements, car ils sont le corps de la science. Ne doit-il pas, s’il est critique et érudit, recueillir les moindres parti-

cularités, les plus minces accidents, et tout ce qu'on a retrouvé ou deviné des usages, des sentiments, des gestes, des discours? Ne faut-il pas encore, s'il est philosophe, qu'il choisisse dans cette multitude, qu'il mesure aux divers faits leur importance diverse, les range dans leur ordre, en tire les lois, distribue ces lois particulières sous une. loi plus générale? Or, l'artiste réunit les 'mêmes événements, parce qu’ils composent sa narration ; il se munit des mômes détails, parce . que les détails seuls figurent à l’imagination les lieux, les actions, les physionomies, et qu'un récit doit être sensible ; il les classe dans le même ordre, néglige les mêmes, rtiet les mêmes en lumière, parce que la narration animée retranche les faits inutiles, s’attache aux grands événe~ N ments, marche selon un plan marqué. N'est-ce pas dire que l’art reçoit de l’érudition les détails, de la philosophie l’arrangement et le choix des faits, que le récit devient vivant par les compilations, un par les théories, et que des disserta-

tions sort l’épopée? — Quant au style, il n'est pas loin d'être parfait lorsque la science est complète. Car lorsque l'historien, à force d’accumuler et de classer les événements, aperçoit, dans sa mémoire comblée, toutes les parties et l'ordre .> exact de chaque caractère, les sentiments et leur correspondance, les actions et leur nécessité, et,

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