‹ Essai sur Tite Live (volume 4)Chapitre 77 sur 103 · Horace, Épitres liv. I, épîtres I · texte numérisé non relu

Horace, Épitres liv. I, épîtres I

vite 8 lorsqu’il plaide sur des vignes, au lieu d’ar-

, bores que veut la loi, il perdra soh procès. A Athènes, les jeunes gens discutent sur le souve-

..roin bien et s’enchantent des poétiques discours

de Platon. A Rome, ils disputent pour savoir si

le fruit d’une bète louée appartient au propriétaire ou au locataire 1 ils recueillent les sen- •

'tentes qui tombent de la bouche des jurisconsultes, ou, eonimé Caton, après avoir labouré, ils vont plaider pour leur client dans les petites .villes voisines. Le premier Romain qui écrivit, Fabius Pictor, composa seize livres sur le droit pontifical.

On voit ’e qui manque à Tite Live par ce que les autres lui ajoutent. 11 devrait choisir des détails plus particuliers et plus sensibles ; ses personnages ne sont ni assez vrais, ni assez vi-'

sibles; ils restent dans un demi-nuage, à demi reformés et ressuscités. Certainement, quand on

a lu son histoire, on cherche à donner à ses

figures plus de relief et d’expression ; on va voir les statues et les médailles antiques pour approfondir son impression et animer sa connais-

sance; on reste frappé à la vue de ces traits roides, de ce front anguleux et bas, de cette physionomie dure et réfléchie; et l’on révoit la foule

/ 1 . Cicéron, des vrais Biens et des vrais Mauve.

obstinée, qui, le jour du marché, affluant par les rues poudreuses ef étroites, serre ses masses compactes autour des Rostres, et, de ses rudes mains , parmi les clameurs et les injures , repousse les licteurs du consul.

Tite Live marque seulement en quelques traits le caractère des peuples vaincus. On a vu pourtant qu’ira: bien représenté le facile esprit et la savante rhétorique des Athéniens, la fougue

bruyante et le naturel .mou des Gaulois. Voici maintenant une peinture des Asiatiques. « Le député d’Antiochus, parleur emphatique, comme

tous ceux que nourrissent les richesses des rois, fut entendu le premier. En termes sonoreâ et vains, il couvrit de soldats la terre et la mer. A l’entendre, une multitude innombrable de cavalerie entrait par l’Hellespont en Europe, compo-

sée en partie de cuirassiers nommés cataphractes, en partie d’archers à cheval contre qui rien

n’était en sûreté, lorsque, dans leur fuite, ils décochaient par derrière leurs flèches inévitables.

A ces forces de cavalerie, quoiqu’elles eussent

pu suffire pour écraser toutes les armées de l’Eu-

rope réunies, il ajoutait des troupes de pied de

tout genre, et effrayait l’auditoire par des noms de peuples à peine connus, Dahes, Mèdes, Élyméens, Cadusiens. Quant aux forces navales, nul port de la. Grèce ne pourrait les contenir : les

Sidoniens et les Tyriens formaient la droite; les Araciens et les Sidètes de Pamphylie, la-gauche. Aucune nation n’avait jamais égalé celles-là, ni pour Part, ni pour le courage sur mer. Parler de

l’argent et des autres préparatifs de guerre était

inutile ; ils savaient eux-mêmes que les royaumes de l’Asie avaient toujours regorgé d’or. Aussi ce n’était point à Annibal et à Philippe, l’un chef d’une seule cité, l’autre enfermé dans les limites

de la Macédoine, que les Romains auraient af-

faire, mais au grand roi de toute l’Asie et d’une partie de l’Europe 1 . >> Jamais ennemi, dit Tite Live 2 , ne fut plus méprisé des Romains; ils voulaient l’attaquer dans son camp; et dans la bataille j pour trois cent cinquante soldats qu’ils perdirent, ils tuèrent. dit-on, cinquante mille hommes. Le roi ordonna à scs députés d’accepter toutes ies conditions quelles qu’elles fussent. Leurs prières furent abjectes : « Nous ne savons, Romains, que dire nous-mêmes; nous venons plutôt vous demander par quelle peine nous pouvons expier l’erreur du roi et obtenir paix et pardon de nos vainqueurs. Votre grand cœur a toujours fait grâce aux peuples et aux rois vaincus. Avec combien plus de clémence et de magnanimité devez -vous pardonner dans cette

t. Tite Live, XXXV, 48. — 2. Jfc, XXXVI, 39.

victoire qui vous rend maîtres du monde! Renonçant désormais à combattre le» mortels, il vous convient comme aux dieux d’épargner et de protéger le genre humain 1 . » L’emphase est la

meme dans la servilité et dans l’jfrogance, et ces vains génies insultent et se prosternent du môme visage, toujours dans l’exagération et le mensonge, incapables de mesure et de vérité. H y a l?ien encore quelques mots dans Tite Live sur le courage obstiné des Samnites, sur le facile en thousiasme des Grecs, sur la niauvaisc foi des Carthaginois; mais une esquisse n’est pas un portrait ; il expose plutôt les passions simples, générales, humaines, que les passions composées, particulières, nationales. L’éloquence n’est pas l’imagination, éL pour être peintre, il est dangereux* d’ôtre orateur.

II. Au-dessous de ces grandes figures, se lèvent celles des hommes illustres. S’il y a plaisir à connaître les goûts, les maximes, les manières, le langage d’un personnage imaginaire, combien plus celles d’Annibal, de Paul Emile, de Scipion? Ici rhistorien est vraiment pocte. Il faut le môme génie pour ressusciter que pour créer.

Coriolan, Appius, Cincinnatus et quelques au-

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