Comparez Micbekt, Histoire romaine, t. II
et son sommeil n’étaient réglés ni d’après le jour, ni d’après la nuit. Ce qui lui restait de temps après les affaires, il le donnait au repos,
qu’il ne cherchait ni sur un lit moelleux ni dans
le silence. On le vit souvent couvert d’une ca-
saque militaire, étendu parmi les gardes et les
postes des soldats. Son vêtement ne se distinguait en rien de celui des gens de son âge. On
remarquait ses armes et ses chevaux. Il était de beaucoup le meilleur des fantassins et des cavaliers. IL allait le premier au combat ; et, le combat engagé, il se retirait le dernier. Tant de grandes qualités étaient égalées par de grands vices : une cruauté au delà de l’humain, une perfidie plus que punique, rien de vrai en lui, rien de saint pour lui, nulle crainte des dieux, nul serment, nulle religion 1 . » Ce ton est oratoire ; Tite Live songe moins à nous faire connaître Annibal qu’à nous bien disposer pour les Romains; c’est intéresser à leur succès et excuser leurs défaites que montrer le génie et les vices de leur ennemi. Changez l’intention ; observons, avec un moderne*, que cette armée, patrie d’Annihal et patrimoine de sa famille, était mercenairp. On comprend quelle éducation admirable et infâme il reçut dans ce camp, assem-
1. Tite Live, XXI, 4. — 2. M. Michelet. Voy. pour tous ces portraits son Histoire romaine.
blage do brigands payés, qui sortaient de la guerre inexpiable, mélange de toutes les reli- * gions , de toutes les langues, de toutes les mœurs, sans famille ni patrie, « vraies Sodomes errantes, dont l’ancienne eût eu horreur. » Annibal avait livré sa beauté à Asdrubal, Asdrubal avait livré la sienne à Amilcar, et ainsi se trans- . mettait le commandement 1 . Mais vingt ans de guerre, trois grands capitaines, tant de combats contre les opiniâtres Espagnols, ont fait d’eux les meilleurs soldats du monde , disciplinés comme ceux de Rome, aussi braves par métier que les Romains par orgueil. Annibal, nourri sous la tente, est comme eux un aventurier et un
soldat. Après Zama, il jette à bas de la tribune
Giseon, qui parle contre la paix; il rit tout haut quand les sénateurs s’affligent de payer le. tri-, but ; l’homme d’épée et d’action estime à leur prix ces parleurs et ces marchands. Il ajoute à sa tactique les ruses de l’officier de fortune, embuscades, surprises, intrigues. Il se déguise tous
les jours pour rendre vains les complots des*
Gaulois auxiliaires; il échappe à Fabius, défait Semproniuè, détruit Flamininus, tue Marcellus par des stratagèmes. Il maintient les soldats, comme Wallenstein , « en prodiguant l’argent,