Tite-Live, XXI, 2 et
dit Dion, en exigeant un dévouement absolu, une obéissance immédiate, outrageusement dédaigneux pour le reste des hommes.» Il traite l’Italie comme T i 1 1 y traita Magdebourg, jetant dans les puits les sénateurs d’Acerra^ brûlant vives les ferilmes de ceux qui l’abandonnent, transportant en plaine les cités suspectes, égorgeant les Italiens qui ne veulent pas s’embarquer avec lui. L’homme qui lait son dieu du hasard et de la force est volontiers superstitieux. Wallenstein consultait les astres. « Annibal était habile à lire dans les entrailles des victimes. » Tous ces traits de son caractère sont des impressions de l’éducation; il est habile et injuste, sans doute, mais à sa manière. Dans tout homme les qualités générales deviennent particulières et les couleurs sont des nuances. Chacun reçoit de sa fortune distincte une forme originale ; les circonstances qui façonnent unedme ne s’assemblent que pour elle seule, et les moules où la nature nous coule ne servent qu’une fors. Tito Live eût dû plus souvent briser les siens. Mais si son œuvre a peu de relief, elle a de la grandeur; il élève son éloquence au niveau de son personnage; il est digne
de faire mouvoir « les colosses de l’antiquité ».
‘ Le. discours d’Ànnibal à Scipion est déjà dans Polybe; mais il n’est là qu’un abrégé de raisons, sans accent ni autorité, tel que tout autre l’eût
pu faire. Tite Live met une Ame dans ces phrases , inertes, l'Ame d’Annibal; celui qui parle est un vieillard, un politique, un vainqueur, qui sait qu’une défaite perdra Carthage, qui sent que la fortune tourne, qui se souvient de Cannes, mais qui prévoit Zama. Il flatte Scipion, mais noblement; c’est un maître de l’arf, qui loue un jeune homme heureux et le conseille. Nul n’est plus insinuant, mais nul n’est plus grave ni plus digne. A travers ses raisons perce le sentiment amer de la fatalité et de la fragilité humaine. Il remarque avec un triste sourire les dérisions de la fortune, qui lui donna pour premier ennemi le père de Scipion, et maintenant le conduit au- *. près de Scipion pour demander la paix. Il sîavoqe suppliant pAnnibal seul peut prier sans s’abaisser ; car, quand il confesse que les Romains sont devant Carthage, il rappelle qu’il a mis son camp sous les murs de Rome. Sa patrie est vaincue,
* ses deux nobles frères tués ; mais ses regrets sont contenus et sa voix reste ferme. Il juge de haut les hommes et les choses, avec une tranquillité imposante, digne de son expérience et de sa gloire, en homme qui se sent le droit d’instruire les autres. « Je ne nierai pas, dit-il en finissant, que, voyant la paix peu sincèrement ' demandée et attendue, vous ne teniez pour suspecte la foi punique. Pour savoir si elle sera *
fidèlement gardée, il importe* beaucoup de sa-» voir qui la demande , Scipiop. Vos sénateurs s aussi, mç dit -on, nous l’ont refusée, un peu parce que nos ambassadeurs n’étaient pas assez considérables. Aujourd’hui,, c’est Annibal qui demande la paix. Je ne la demanderais pas, si je ue la croyais utile ; et je la maintiendrai, pour la même utilité qui me la fait demander. J’ai ' lait la guerre que j’avais commencée,, de ma- ; nière que personne, n’y eût regret, jusqu’au mo-
ment où les dieux eux -mômes m’envièrent lai :
• * i ^ . r ' T • ... iTP. .*•
victoire; je m’efforcerai pareillement que personne n’ait regret à la paix que j’aurai prûcurée*. » Carthage entière repose sur cet homme,
et il sait que seul il vaut tout l’État, Ce n’était
pas jactance. La seconde guerre punique est
entre Annibal et le peuple romain. ' Dirôns-nous qu’ailleurs, lorsque Annibal quitte l’Italie et quand il s’empoisonne, ses plaintes sont • trop longues et trop savamment développées? Développer est l’emploi et le danger, naturel et vo- ! Unitaire- du talent oratoire. Mais laissons ces .
, taches. Tito Live à le droit d’en avoir ; celles-ci
disparaissent devant l’idée, grandiose qu’il donne de ses héros. - ^ ■- ,
Fabius Maximus est dans Tite Live rhomme le