‹ Essai sur Tite Live (volume 5)Chapitre 27 sur 105 · Tilc i.ivo, XXXVII, 30. —2. /(f.,XUI · texte numérisé non relu

Tilc i.ivo, XXXVII, 30. —2. /(f.,XUI

pleine paix par Ilorlcnsius, Manliiis, « consul mercenaire », rançonnant les rois sur sa l'oiile, el promenant dans toute l'Asie « son brig-andage ». Déjà les soldats n'obéissent plus ; ils pillent Pliocée malgré la défense de leur général; ils perdent jusqu'au courage; les garnisons d'Illyrie se rendent à Persée sans combat; à Uscana, les soldats d'Appius se sont enfuis au premier cri des ennemis. En même temps entrent à Rome les bacclianales sanglantes et les furieuses orgies orientales. Parmi les Grecs rhéteurs et les Asiatiques serviles, les Romains, habitués à tout oser, usurpent la licence de tout faire : à force de mépriser les hommes, leurs héros méprisent le droit, et l'austère Paul-Émile vend les Épirotcs auxquels il a promis la liberté '. Ici Tite Livc nous manque ; mais la vérité de ces derniers livres nous prouve celle des cent qui suivaient; et. quand on le juge, on doit songer que le meilleur de son histoire a péri.

Reconnaissons dans lacritique de Tite Live les mérites que donnent l'honnêteté, l'amour de la patrie et le génie oratoire ; je veux dire le soin de ne rien avancer sans preuves et d'amasser des documents importants et nombreux, la volonté d"èlre juge intègre, l'habitude de confesser ses

1. Tite Live, XLII, 21 ; XLIII, 10: XXXVIII, 14; XXXVII, 32 XLV, 34, etc.

ignorances, la prccaulion de confronter les auteurs, le choix prudent des témoignages, le sens exact de la vérité générale, des traditions poétiques, de la grandeur romaine, des mœurs plus récentes, sinonde la vérité locale et de la barbarie primitive, du génie romain tout entier et de tous les âges do Rome. On a besoin de louer un pareil homme, avant d'oser le blâmer.

§ 3. I. Nul emploi des documents anciens. — II Ni des récits primitifs. — III. Ni de la géographie. — Hérodote et l'IÎgypte. — Polybe. — Utilité des détails de cuisine. — IV. Titc Live Romain et patricien. — V. Sa critique incomplète. — Ses anachronismes de mœurs, — VI. Son érudition incomplète.

Il faut l'oser pourtant : car, entre tous ces mérites, on ne trouve pas l'amour infatigai)lc de la science complète et de la vérité absolue. Il n'en a que le goût ; il n'en a pas la passion. Nulle autre qualité ne supplée à ccUc-là.

I. Tito Live ne consulte pas d'auteurs plus anciens que Fabius Pictor, écrivain du sixième siècle de Rome. Pouvait-on raconter les origines sur des témoignages aussi éloignés des origines? Il fallait à tout prix puiser aux mômes sources que Fabius la nouvelle histoire, et égaler au moins ses recherches pour faire mieux que lui. Un critique moderne serait allé dans le trésor public et dans le temple des Nymphes, pour lire sur les

tables d'airain les lois royales et tribiiiiitienncs, les anciens traités conclus avec les Sabins, les Carthaginois, les Gabiens, les décrets du sénat, les plébiscites. Tile Livc, enfermé parmi ses livres, laisse dormir dans la poudre les débris authentiques et l'histoire pure*, si peu inquiet des anciens textes, que, plus tard, quand il découvre dans Polybe le premier traité de Rome et de Carthage, il ne prend pas la peine de rouvrir son second livre pour l'y ajouter ou seulement l'indiquer. 11 y a peu d'historiens moins antiquaires. Auguste, ((ui l'était beaucoup, avait trouvé dans le temple demi-ruiné de Jupiter Férétricn les dépouilles oi)imcs conquises par C. Cossus sur le roi véien Tolumnius, et y avait lu qu'alors Cossus était consul. Or, tous les auteurs rapporlaienl qu'il était tribun des soldais. Heureuse occasion, s'il en tut, d'aller déchillVer sur la cuirasse de lin une inscription de l'ancien style. Tite JJve cite les deu\ témoignages contraires et s'en tient là". Ne lui demandez pas de fouiller les archives, comme un greffier aux gages de l'État, qui chcrclie une pièce perdue. S'il rapporte une formule (le droit public, ou une invocation reli-

1. Lachman, Impartie, sériions 1 et 2. — 1 Comparez Tite Live, Iir, 31, et Denys,X, .31,32, 3ô, 40,43, 45,47, oô. Tite Live n'est point allé lire la loi Icilia, qui était gravée sur une colonne de bronze clans le temple de Diane. Il la néglige et la dénature dans son récit.

gieuse, il l'a prise, non dans les rituels, mais dans F. Pictor. Quand, par hasard, il cile une ancienne prière, celle de Décius, c'est par respect de citoyen, et non par exactitude d'historien ou par goût de la couleur vraie. Encore il s'en excuse. « Quoique nous ayons perdu, dit-il, presque tout souvenirde nos usages civils et religieux, préférant partout des coutumes étrangères et nouvelles à nos institutions anciennes et nationales, je n'ai pas jugé hors de propos de rapporter ces détails dans les termes mêmes ou ils ont été transmis et énoncés'. » On se doute à ce ton que de telles citations seront rares. Aussi, quand à l'arrivée d'Asdrubal vingt-sept jeunes filles chantent en l'honneur de Junon reine un hymne de Livius Andronicus, premier essai de la nouvelle littérature, il le laisse de côté par bon goût, plus curieux de plaire que d'instruire. « Ce chant, ditil, que pouvaient louer les grossiers esprits de ce temps, si on le rapportait aujourd'hui, choquerait et' paraîtrait informel » Horace aussi était rebuté de l'horrible vers saturnin, «vrai poison » (lu'avait chassé la moderne élégance. Ces amateurs de beau langage n'étaient pas admirateurs des Douze Tables, et Tile Live non plus qu'Horace « ne les eût crues dictées par les Muses sur le

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