‹ Essai sur Tite Live (volume 5)Chapitre 29 sur 105 · Voy. LcdciC) Journaux chezlcsHouiains · texte numérisé non relu

Voy. LcdciC) Journaux chezlcsHouiains

iiius Lihon, de Cassiiis Hcniina, de Scmpronius Tuditanus, de Lutalius, du savant Yarron*. Au moins il eût dû lire les origines du vieux Galon, le dernier Italien de Tltalip. Son malheur et son tort sont de laisser là tout ce qui pourrait le mettre face à face avec les faits, tout à l'heure les documents originaux et les écrits contemporains, maintenant la géographie. Polybe et Diodore avaient visité et étudié les pays dont ils font l'histoire ; Tite Live, point, sauf les Alpes, peut-être, si voisines de sa patrie*. De là plusieurs erreurs. Laissons les savants le blâmer d'avoir confondu l'expédition du lac Fucin avec une autre contre les Yolsques *, l'Achradine à Syracuse avec l'Ile*, d'avoir placé chez les Éques Alba Fucens des I.ïarses', et, ce qui est plus grave, de décrire assez obscurément les marches et les batailles. Ces taches gâtent un point; mais il en est d'autres (jui s'étendent au loin, et altèrent la couleur de toute la toile. Sauf une remarque sur le soleil d'Italie, que les Gaulois ne peuvent supporter, et un éloge oratoire de la situation de Rome, Tilc Live n'a jamais observé les climats pour comprendre les mœurs. Je sais que cette méthode est toulo moderne ; que, depuis trente ans seulement,

1. Lachmann, I, 43. — 2. Id., 105. Voy. dans Tite Live le passage des Alpes, par Annibal. — 3. Tite Live, IV — 4. Id., XXV, 30; XXVI, \0.— :,. Id ,X, 1.

on essaye de relroiiver les pussions éteintes, en reconstruisant les objets d'alentour; que les premiers nos liistoriens ont observé les arbres et les pierres pour deviner rame. Les anciens, moins contemplatifs et moins rêveurs, ne racontent que la politique et la guerre, et préfèrent l'exposé des actions à celui des sentiments. Mais, sans raffiner ni conjecturer, Titc Live pouvait imiter Hérodote et Polybe, et ce n'est pas trop exiger d'un historien que de lui donner pour modèles un raisonneur et un conteur. Le chroniqueur curieux * ouvre son histoire d'Egypte en décrivant le sol noir et crevassé, don du lleuve qui s'allonge entre lès sables rougeàtres de l'Afrique et la terre pierreuse de l'Arabie, tantôt répandu comme une mer sur les campagnes et parsemé de villes, tantôt portant sur ses eaux limoneuses des panégyries retentissantes, et tout un peuple enivré de la puissance de son Dieu. En contemplant dans ces phrases naïves la suite monotone des édifices grandioses et sans nombre qui sont la végétation de ce sol nu, les calmes révolutions de ce fleuve mystérieux et immense, et l'éternel éclat de ce ciel sans nuages, on pénètre dans la vie immobile et dans la discipline étrange de ce peuple disparu. Hérodote, devenu géographe, du

1 Hérodote,, II, 12, 97, 60.

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môme coup se trouve historien. — Qui ne comprend les mœurs et li-s guerres gauloises après ce passage de Polybe? « Les expressions manquent pour dire la fertilité de ce pays.... De nos jours on y a vu plus d'une fois le médimne sicilien de froment ne valoir que quatre oboles, relui d'orge, deux, et le mélrèlc de vin ne pas coûter plus d'une mesure d'orge.... La plupart des porcs qu'on tue en Italie viennent de ces campagnes. Dans les hôtelleries, le plus souvent l'hôte s'engage à fournir tout ce qui est nécessaire pour un semisse (c'est un quart d'obole), et il est rare que ce prix soit dépassée » Voilà bien le sol inépuisable d'où sortaient des bandes toujours nouvelles, comme des nuées d'insectes qui foisonnent et bourdonnent dans l'air chaud des jours d'orage. Voyez, à la page suivante, comment ils logent dans des bourgs sans murailles, dorment sur la paille ou sur l'herbe, vivent de chair seulement, ne savent que combattre et un peu labourer; et ces délails de cuisine et d'auberge, que dédaigne Tite Live, vous mettront sous les yeux ce peuple immense , à demi nomade, multitude bruyante, fougueuse cl gloutonne d'enfants robustes, grands corps que la profusion de nourriture emplit d'un excès de

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