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livres, sans mesurer auparavant ce qu'ils méritent de conliance. Or, sans estime exacte de la certitude acquise, il n'y a pas de science. L'historien, connue l'astronome, doit limiter d'avance les erreurs prévues de ses instruments imparfaits, et marquer de combien sa probabilité approche de l'évidence. Quand on plonge profondément dans le temps ou dans l'espace, le principal travail est de fixer à quel degré d'assurance peut et doit monter la croyance. La science est une monnaie qui n'a de valeur qu'en portant sur soi le chiffre de valeur. Tite Live sent que les premiers siècles sont douteux; mais il ne dit pas Jusqu'à quel point il faut douter. — Remarquez encore qu'il critique aussi peu les événements que les documents. S'il connaît le jeu des passions humaines, c'est dans les faits grands et saillants, dans une bataille, une délibération, une sédition. Mais souvent il ignore les mœurs étranges et oubliées qui ont fait les institutions, les révolutions obscures et lentes qui les ont défaites, et ces vastes mouvements insensibles par lesquels naissent et se forment les nations. Rome, dans son histoire, se fonde tout d'un coup telle qu'elle sera pendant plusieurs siècles. Romulus, un jour, s'avise d'un décret, et voilà le peuple divisé en deux ordres. Numa, d'un seul coup, invente tout le culte, crée les prêtres.
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Instruit par ses vertus, ce peuple de brigands devient subitement si pieux et si juste que ses voisins se font un scrupule de l'attaquer. Puis aussitôt on entend le terrible chant de Tulhis Hostilius. Tout s'improvise; les esprits changent, les institutions naissent comme par magie. Dans ce roman peu vraisemblable, on a oublié deux choses, la nature de l'homme et le temps. Que dire de la délicatesse du bon Porsenna, (pii cesse d'insister en faveur de Tarquin de peur d'être indiscret? de la ponctuelle obéissance des Volsques, qui ne gardent pas une seule des villes conquises pour eux par Coriolan?Tite Live s'arrête devant les fables trop évidentes; il doute du gouflVe de Gurtius, du corbeau de Valérius. Mais que d'obscurités et d'erreurs dans ses récits de victoires supposées et de séditions confuses ! 11 n'est ni homme d'État ni homme de guerre; il ne songe ni à contrôler le récit d'une canqjagne par l'étude des lieux et la comparaison des marches, ni à expliquer les dissensions civiles en cherchant l'origine, la composition et la situation des partis. Dira-t-on qu'il s'est figuré clairement les mœurs et les sentiments propres aux temps anciens, et que, pour peindre les temps barbares, il a pris les couleurs et les traits de la barbarie? Mais, sauf queUiucs formules frappantes jetées ri et là parlrisard, il représente l'antique Home,
coninie Racine se représentait l'antique Grèce, avec des disparates choquantes, tout s'y heurtant, les mœurs et le style, les institutions et les sentiments. Entre le fratricide d'Horace et le supplice de Mettius se développent d'harmonieux et abondants discours d'un art consommé et d'une élocution choisie, dignes de Messala ou de Pollion. Voyez comme Tullus Hostilius a profité entre les mains de Tite Live, comme le féroce barbare est devenu habile harangueur. Un orateur eût-il mieux préparé les esprits et ménagé les passions? « Romains, dit-il, si jamais dans une guerre vous avez dû rendre grâce d'abord aux dieux immortels, ensuite à votre courage, c'est dans le combat d'hier; car vous avez combattu non-seulement contre les ennemis, mais contre un ennemi plus grand et plus dangereux, • contre la perfidie et la trahison de vos alliés. Ne vous y trompez pas ; c'est sans mon commandement que les Albains ont gagné les montagnes. Ce n'était point un ordre, mais un stratagème et un semblant d'ordre, afin de vous retenir au combat en vous laissant ignorer cette désertion, et de jeter l'épouvante et la fuite parmi les ennemis, en leur faisant croire qu'ils allaient être entourés par derrière. Au reste, tous les Albains n'ont point part à la faute que je dénonce; ils ont sui\i leur chef comme vous m'auriez suivis
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vous-mômes, si j'avais voulu vous mener hors de votre poste. C'est Metlius que voici qui les a conduits là; c'est Metlius qui est le machinaleur de cette guerre; c'est Mettius qui est le violateur des traités conclus entre Albe et Rome. Mais je veux qu'un autre ose à l'avenir une action pareille, si je ne donne aujourd'hui en sa personne une leçon éclatante aux mortels. Mettius FuITctius, si tu pouvais apprendre à respecter la foi et les traites, vivant tu aurais reçu de moi cet enseignement. Mais, puisque ton naturel est incurable, enseigne du moins au genre humain, jiar ton supplice, à croire à la sainteté de ce que tu as violé. Ainsi, de même que tout à l'heure ton âme a été partagée entre Fidènes et Rome, (\o même tu vas livrer ton corps qui sera déchiré en morceaux ^ . » Trop heureuse et trop ingénieuse antithèse! J'ai honte de comparer Tite Live à Mézerai; mais c'est justice, et ïullus parle aussi bien que les nobles de Childéric^ Songeons que Tullus, Scipion, Caton, plébéiens, patriciens, Grecs, Romains, barbares, hommes de tous temps et de tous pays, ont chez Tite Live le môme langage exquis, le mémo bon goût oratoire et la même science du raisonnement, disciples de la mCnic école, formés sous un maître qui, bon gré