Tite Live, XXVJII, 40. — 2 Ib., XXVI
dès sa jeunesse, il s'arrangea habilement pour les mettre en lumière. Ce qu'il proposait à la multitude, il l'avait vu par des visions nocturnes ou conçu par une inspiration divine, soit que son esprit lui-même fût possédé par une certaine superstition, soit pour qu'on accomplît ses ordres et ses projets sans retard, comme venant d'un oracle. Dès le commencement, préparant les esprits à cette croyance, du jour où il prit la toge virile, il ne fit jamais une action privée ou publique sans aller au Capitole s'asseoir dans le temple et y passer quelque temps, presque toujours seul et sans témoins. Cet usage, qu'il garda toute sa vie, par politique ou sans dessein, rendit croyable à quelques-uns l'opinion commune: qu'il était d'origine divine.... Lui-même ne démentit jamais cette croyance; il l'augmenta plutôt par l'art qu'il eut de ne rien affirmer et de ne rien nier sur ce sujet. « Cette conduite annonce le naturel ambitieux et le génie inspiré. Scipion agit « non par réflexions lentes, mais par illuminations subites ». C'est ainsi qu'il tranche la guerre d'Espagne en marchant sur Carthagène, et la guerre punique en marchant sur Carthagc. C'est ainsi que « tout à coup », dit Tite Live, il demande et obtient avant l'éige l'édilité pour lui et pour son frère, puis le conmiandemcnt en E!>pagne. L'insj)iration est un raisonnomciit ailé.
Scipion est un de ces brillants esprits qui franchissent les difficultés par des élans d'invention, calculent par divination, suppriment le péril par l'audace et improvisent la victoire. Il a foi en lui-i même, parce qu'il a conscience de son ascendant. Il est héroïque, parce que les dangers com-1 muns ne lui semblent pas devoir l'atteindre. Il' va sur deux vaisseaux exhorter Syphax à l'alliance de Rome, se livre à lui, et dîne assis sur le même lit que l'envoyé de Carthage. Aimable, néanmoins, et charmant, parce que le génie naturel est toujours flexible et facile. Tite Live parle quelque part de son port majestueux, qu'embellissait la fleur de la jeunesse, et qui le faisait ressembler aux dieux immortels K « Telle était la douceur et la souplesse de son esprit que, nonseulement Syphax, un barbare étranger aux mœurs romaines , mais Asdrubal , un ennemi acharné, se laissèrent gagner au charme de son entretien. Asdrubal disait tout haut qu'il lui avait paru plus admirable dans la familiarité d'une entrevue que par toutes ses actions guerrières, et ne doutait plus que Syphax et son royaume ne fussent au pouvoir des Romains, tant Scipion avait d'art pour se concilier les esprits ^ « Mais l'inspiration a ses inégalités et ses