‹ Essai sur Tite-LiveChapitre 81 sur 95 · Corneille, les Horaces · texte numérisé non relu

Corneille, les Horaces

Quand il faut que l’un meure et par ia main de l’autre, | C’est un raisonnement bien mauvais que le vôtre. SR

A une poignée de soldats entourés par une mul-

titude d'ennemis dans une vallée qu’enferment une forêt et des montagnes, que laisse-t-elle, sinon la mort? Ce qui importe, c'est de décider si, offrant leurs corps comme des troupeaux, ils se laisseront égorger sans vengeance, ou si, au lieu de souffrir et d'attendre l’é vénement, tour- * nant toute leur âme à l'attaque, combattant et

osant tout, couverts du sang des ennemis, ils

tomberont parmi les armes et les corps amonce- lés de leurs ennemis expirants! » C’est Tite Live qui en ce moment exhorte ses braves ; il en était

5 digne, et il fallait son grand cœur pour trouver mé ces génér eux accents ; mais Gracchus n'avait pas > de loisir d’être aussi dinvent que lui?.

Après le danger d’être trop orateur, le plus grand inconvénient pour l’orateur est de n’avoir : | pas d’auditoire. Celui de Tite Live est fictif comme ses discours. Assis dans sa bibliothèque, | \ ‘oublie qu'il doit être à la tribune, dans un ‘ camp, ou sur un champ de bataille. Il n'entend

1 Tite.Live, XXV, 16.

2. Voici des harangues vraies : Masséna à Essling disait à ses hommes pour les ramener à la charge : « F.... polissons, j'ai quarante millions, vous avez six sous par jour, et vous me aissez seul, en avant, sous les balles ! » — À la retraite de Russie, un corps de troupes se trouva coupé. Ne croyez pas u’on dit alors : « Braves soldats ! » etc. Non. « Tas de canailles, vous serez tous morts demain, car vous êtes trop j.. f. pour uvre un fusil et vous en servir | » (Mérimée, préface des œuvres. de Stendhal.) |

A or CHAPITRE TL. in Had r

ment de sa passion. Ou plutôt, dans la harangue, pi

“idée exacte, quoique exagérée, de ce défaut, lors-

pas Le cris de la multitude : il ne se figure point . | son impatience ni sa grossièreté. I] devrait plus souvent songer que la foule est vivante, que. F chaque parole s’enfonce dans les âmes, soulève des applaudissements, des clameurs, de sourds murmures, qu'une harangue est un dialogue, où les émotions, l'essentiment, le mécontente- | .

chaque instant le ton de rein où l’on suit à enfin, non le régulier développement d’une pas- :

sion maîtresse et d’une idée unique, mais les va- fa 1 riations soudaines et les mouvements imprévus de la vie. Écoutez un discours dans une assemblée politique, ou lisez seulement le Corio- En lan et le Jules César de Shakespeare ; vous jugerez que dans Tite Live les auditeurs sont dociles, disciplinés, raisonnables à l’ excès, que trop complaisamment ils laissent l’orateur leur imposer à l’ordre de ses raisonnements et le développe- …

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on démêle deux hommes, Tite Live et le personnage ancien. L’exposé des raisons est de Tite Live; le débit, du personnage. L'un prête ses idées, l’autre sa parole, et le discours ordinairement est un mélange invraisemblable et très- à beau. ra 4

Les personnages de nos tragédies donnent une :

nimes ou à d’ arguments. Is coutént dt n ont se rien. de plus. à faire. Le discours s’adresse à tout Fe le monde aussi bien qu’à eux. L’auditeur est ae l'homme en général ; c'est pourquoi le persons A de comme un livre; et sa rade, excel- :

aile, de naturel el de vérité. las

LP er mauvais et Né orateur, ïl a vécu en .

“ es Eos on po sur la place publique, ou

4 un couts dans : son net on de it un ar tisan de style. On n’est plus soutenu T la nécessilé présente d’ emporter les convicn ; On ne songe e pus qu ‘à bien dire ; on s’ha-

È î c \ À KA DES = Tout le camp s’écriait dans une joie extrême : SEA na he. % FAST SE AURESS « Que ne vaincra-t-il vase il s est vaincu lui- même!» RE PLAINES N EN

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lui crie A Fe symétrique, dont le franc ne saurait rendre la fâcheuse per fection: « ci « illius dolori,. nec suæ libertati se defutu os.

fuient oi les torches de l’ ennemi ivre Détru sez Fidènes par ses flammes, puisque vous n’av pu la gagner par vos bienfaits". » — Le jeu nu Pérolla, sur les prières de son Fe. renonc: à on tuer Annibal. Que de recherches dans son discours! « La dette de piété que j'ai envers ma patrie, je la payerai à rnon père. Je te plains, car À ilte faut soutenir le reproche d’avoir trois fois 1 trahi ta patrie: la première fois, en lui conseil- ù lant d'abandonner Rome: la seconde, en l’enga geant à faire la paix avec Annibal; la troisièm ‘en portant obstacle et empèchement à ‘CÉ q Capoue soit rendue aux Romains. Toi, ma patrie ; reçois ce fer dont je m’armai pour 01: qua id j'entrai dans cette maison d’ennemis, et que mo ï père m'’arrache’.» Cette apostrophe est affectée. Ailleurs, quand Camille reçoit le maitre d’écolk des Falisques, trouve-t-on bien naturel le « quetis de ses antithèses? « Tu ne trouveras ni un général ni un peuple qui te. ressemble: infâme qui viens avec un infâme présent. Il | a pas entre nous et les Falisques cette allia

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