‹ Essai sur Tite-LiveChapitre 80 sur 95 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

- qu'Annibal hésite à engager sa troupe dans le

ou leurs attaques, les troupes se rejoigni- ;

Enfin l'on arrive au sommet. Voyez dans Po-

284 Hoi CHAPITRE Mo LEE ragement, DURE des misères passées et de cafe qu elle attendait, essaya de. les encourager n'ayant qu'un mo yen pour cela, le spectacle d l'Italie. » (Le mot grec est bien autrement pédant ’Evépyeux, terme philosophique, qui signifie évidence.) « Ils étaient déjà las et rebutés de tant de maux, dit Tite Live, lorsque la chute de la neige, au coucher des Pléiades, les remplit encore. o de consternation. Au point du jour, les enseignes | ayant été levées, l’armée marchait lentement ane milieu de la neige qui couvrait tout. L’ abattement et le désespoir se montraient sur tous les visa 1. ges, quand Annibal, devançcant les drapeaux, fait. “A | arrêter les soldats sur une hauteur d’où la vue ; s’étendait au loin, et leur montre l'Italie et les plaines traversées par le P6, au pied des Alpes. « Vous escaladez, dit-il, non pas seulement les « murs de l'Italie, mais ceux de Rome. Le reste « du chemin est facile; en un combat ou deux, | « tout au plus, vous aurez dans vos mains et +. « votre pouvoir la tête et la citadelle de l'Italie.» Ces mots, dans le grec, sont une réflexion de . Polybe; ici, ils sont un discours d'Annibal. Tite Live ne perd jamais l’occasion de faire agir ses î personnages. Dans Polybe : «Les Alpes ont la dis- : position d’une citadelle de l'Italie.» Dans TiteLive: « Vous escaladez les murailles de Rome. » Tele est la différence d’un géographe et d’un orateur. pis

ni « On. arriva à. une roche 7 - plus étroite et tellement à pic, que le soldat, sans bagages, tâtonnant et se retenant des mains aux . broussailles et aux souches qui sortaient de terre, pouvait à peine descendre. Ce lieu naturel- . : lement escarpé était devenu, par un éboulement récent, un précipice de mille pieds de profon- deur. Les cavaliers s’arrétèrent comme si la route eût fini là. Annibal s’étonne et demande ce qui retarde la marche; on lui répond qu'il ur a pas de chemin. » Cette halte, cet étonne-

ment, ce dialogue ne sont pas dans Polybe. L’ima-

sinon la raison, demande les détails

: expressifs. S'ils n’entrent point dans la science, Le ils font la vie; et Polybe n’est froid qu parce

; qu’il ne les marque pas.

« Annibal, dit Tite Live, va lui-même reconnaître l'endroit; il vit clairement qu'il fallait faire un long détour, et conduire l’armée par des lieux non frayés et-sans route. Mais le chemin fut on D —« Ce a arriva alors,

. re » ais donc le lecteur porter Tnième ce jugement. On n’a quefaire ici de vosréflexions; on ne vous demande que des faits. Tâchez plu- du

deux, l'effort des CE roidis, ce combat ee d'hommes et de chevaux contre un sol qui leur

AISNE Er

286 CHAPITRE ES nn ae manque. « Comme sur la neige ancienne et ins nu tacte il y avait une nouvelle couche d’une mé- | diocre épaisseur, le pied portait d’abord assez . solidement sur cette couche molle et peu pro fonde ; mais dès qu’elle fut fondue sous les pas ce des hommes et des chevaux, il fallut marcher sur la glace nue qui était au-dessous, et sur le . verglas liquide de la neige fondante. Il y eut là une lutteaffreuse, parce que la glace glissante faisait trébucher les hommes, et que sa pente à chaque instänt trompait les pas; et,quand ils s’aidaient des mains et des genoux pour se relever, ils glissaient sur leur appui même, ettombaient une seconde fois, sans qu'il y eût alentour ni souches ni racines où ils pussent s’accrocher du pied ou de la main. De sorte qu’ils ne faisaient que rouler sur la glace unie et sur la neige fondue. Les chevaux, parfois, crevaient même la couche inférieure; ils trébuchaient, et, frappant du sabot avec un grand a effort, ils la perçaient profondément, tellement que la plupart, pris comme au piége, restaient 4 engagés dans la neige durcie et gelée profondément. Enfin, après avoir en vain fatigué les 2 hommes et les chevaux, on placa le camp sur le 1 sommet de la montagne. Il fallut, pour cela déblayer la neige à grand’peine, tant il y en avait à creuser et à enlever. De là on conduisit les

soldats Du due un chemin dans la roche qui seule pouvait donner passage. Et comme ïl fallait tailler le rocher, ils abattirent tout à l’entour et ébranchèrent des arbres énormes, et firent

tant levé, propre à entretenir la flamme, ils y mirent le feu, et versèrent sur la pierre brû- Jante du vinaigre pour la dissoudre. Ils ouvrent alors avec le fer la roche calcinée par l'incendie, : et par de légers circuits adoucissent la pente, de : sorte qu’on put faire descendre non- seulement les bêtes de somme, mais encore les éléphants.» Polybe ne mesure pas les travailleurs à l’œuvre. ) Il n’a pas ces phrases fortes et pressées, qui combattentcontre la roche avecles soldats ; il avait ; commencé en dissertant aigrement contre les historiens qui embellissent leurs narrations. Il

us par ces paroles : « Maintenant que nous avons conduit en Italie le récit,

ce qui convient à notre histoire. » Brièvement !

: qu'il à fait est bien fait. Tite Live fait mieux et 7 le dit pas!. |

SU HE À ta Tite Live, liv. VIL, 9, et Claude dant dans LS Aulu-Gelle, liv. IX, ch. 13. C’est ‘le récit du combat singulier de Manlius Torquatus et e Gaulois, On y voit comment Tite

un grand monceau de bois. Un vent violent s’é-

les deux chefs et la guerre même, avant de raconter la lutte, nous voulons expliquer brièvement

E : Les

4 ; i nr —

DU) $ 2. Discours:

Développements à contre- Lo ps. — - Harangues sur le champ . de bataille. — Phrases symétriques. — Un général mOra- 5e PRISES liste et académicien. — IT. Art de développer et de prouver. Es “+ ns — Discours d’Appius sur /les campements d'hiver. — Art Fe d’émouvoir et d'entraîner, — Discours de Valérius. — Dis-. ae : cours de Vibius Virius.

L. On pourrait croire, puisque le génie de Tite Live est tout oratoire, que tous ses discours sont parfaits. Quelques-uns d’entre eux sont re faits, parce qu’il a partout le génie oratoire.

C'est que l’éloquence n’est pas le drones ni a toute parole une harangue. Faire un discours, 3

El. c'est distribuer exactement un sujet en ses D __ ties, appuyer chaque raison principale sur un Li AG C grand nombre de preuves secondaires , unir = : ; les arguments par des transitions ed eu , annoncer la conclusion dans l’exorde, réunir

PES | j ; / | » e s Ë LR ho toutes les preuves dans la péroraison. L’expres- Up) 4 AE / 5 e À ce Li sion de la passion, brève et brusque, ne souffre … De ni ces liaisons, ni ces développements. On ne

Live transforme une ancienne narration, avec quelle circonspection il hasarde les détails crus et minutieux rapportés par les 4% à , anciens. auteurs, comment il insère des discours, et met en . Rd scène des sentiments, avec quel soin il corrige les négligences, de lie les idées, ennoblit le style. Je n'ose traduire ces deux ré-

. cits, de peur de trop souvent traduire; d’ailleurs, il faudrait les comparer phrase par phrase, noter les tournures, les sons, le choix des mots, imiter la critique de Denys d'Halicarnasse, et ge ennuyer plus que jamais le lecteur. Fe

sentiment 0 ou sa pensée, dans l'é lan: de l’action , Vi où dans l'angoisse de la douleur. Des cris, des) < larmes, des mots entrecoupés, des phrases ira chevées, des attitudes violentes, voilà nos rai ae et notre langage: Tel n’est pas celui des personnages de Tite Live: les passions vivan. tes, entr ant dans son dre la forme |

: trouve pas cette Fit savante. Due te = pou soient en 1e à . bonne heure ; mais

mais und C'est ADiset du discours, que le ur à tout PDO: LS se refuse à à ces nouvelles

: comme Thisituce est une œuvre de vérité dun qu une œuvre d’ art, elle gai ressembler au drame,

$ ges en | hommes, non en grands écrivains.

on nnaissez- -VOUS ici des femmes éplorées, age

je nouillées entre les soldats, «parmi les trail qui + . | volent? Elles supplient leurs pères et leurs maris sr de ne pas se couvrir d’un sang sacré pour eux. Fes Ne souillez pas nos enfants d’un parricide, vous os 5 vos fils, vous vos petits-fils. Si cette parenté, si 4 ce mariage vous est odieux, tournez Contre nous . | vos colères. ' Nous sommes la cause de cette guerre ; nous sommes la cause des blessures et au meurtre de nos maris et de nos pères. I nous vaut mieux périr que vivre sans nos maris . a. où sans nos pèr es, veuves ou orphelines". » Ces : | | oppositions si nettement marquées, Ce dilemme . . ar | si fortement construit, ces raisons si habilement 4 À présentées et résumées ressemblent aux disser- D tations des Horaces?, et n’en sont pas pour cela nr +

plus naturelles. On craint pour les à

de Tite Live les circonstances imprévues et acca-

blantes. Ils ont toujours en réserve, dans jene

pe sais quel coin de leur esprit, des périodes si par faites qu’elles feraient honneur à une harangue de cabinet. Gräcchus tombe dans une embuscade avec quelques hommes et se voit tout d’un coup envéloppé. « Il les exhorte à honorer par leur courage le dernier parti que la fortune leur laisse.

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