‹ Essai sur un traitement méthodique de quelques maladies de la matriceChapitre 5 sur 9 · I. EXPÉRIENCES SUR LE CADAVRE · texte numérisé non relu

I. EXPÉRIENCES SUR LE CADAVRE

Pour apprécier lapossibilité qu'a le liquide de passer de la matrice dans les trompes, puis dans

(i) Je me fais un vrai plaisir de déclarer ici t|ue c'est M. D'AsIros, élève interne de mon sei vice , quia exécuté la plupart de ces expériences. M. Petit, prosecteur des ariiphithéâlrcs des hôpitaux, a surtout pratiqué les injections forcées.

le péritoine, j'ai institué trois ordres d'expériences que j'ai ainsi caractérisées :

I» Injections forcées.

2° Injections abondantes.

3° Injections modérées.

Injection forcées.

Première expérience. — Femme de 46 ans environ. Elle a eu des enfans; matrice et annexes séparés du cadavre; le liquide est poussé avec une seringue dont on se sert dans] les amphithéâtres pour l'injection des artères, il reflue entièrement vers l'orifice du col, les trompes paraissent imperméables ; alors une ligature est faite sur le col , de manière à le fixer à la canule pour empêcher le retour du liquide; le tissu de l'utérus ne permettant pas la compression exacte de la canule par ce procédé , ce liquide soi t de nouveau par le col ; un fil est passé avec une aiguille courbe dans l'épaisseur du museau de tanche, il est fortement serré. L'injection est alors poussée de nouveau , le liquide distend d'abord la cavité de l'utérus ; par une impulsion forte et continue, le liquide pénètre dans les vaisseaux utérins qui se distendent, cèdent à l'effort, et laissent échapper l'injection qui alors seulement, s'écoule aussi pas l'orifice des trompes.

Deuxième expérience. — Femme de cinquante ans. Elle a eu des enfans , matrice et annexes séparées du cadavre. Une injection simple, faite avec la seringue employée dans l'expérience précédente, ne donne aucun résultat; une ligature exacte est appliquée sur le tube de la seringue ; alors le liquide poussé avec force distend d'abord la cavité de l'utérus, bientôt se manifeste le gonflement des vaisseaux utérins qui ne cèdent pas, les trompes ne présentent rien de particulier , les vaisseaux piqués avec la pointe d'un scapel laissent échapper de l'air, le liquide ne les a pas pénétrés.

Dans ces deux cas, après l'expérience, on n'ouvrit pas l'utérus pour explorer sa cavité.

Ces deux expériences prouvent la difficulté de faire pénétrer le liquide dans le péritoine. Il a fallu lier fortement le col sur la canule de la seringue, afin d'empêcher l'injection de refluer et de passer entre cette canule et le col pour s'échapper au dehors. Et même, après la ligature, on voit l'injection et l'air passer plutôt par les vaisseaux utérins que par les trompes.

Ces expériences ont une grande portée. Elles n'éclairent pas seulement la question qui m'occupe aujourd'hui ; elles jettent encore du jour sur les fonctions de l'utérus , sur l'histoire de ses maladies et leur thc'Tapeutique générale. Il est des

médecins qui n'ont vu là qu'un inconvénient de plus attaché aux injections, qu'un argument de plus contre elles. J'entrevois autre chose qui sera, je l'espère, profitable à la thérapeutique. Déjà j'ai injecté dans la matrice delà liqueur de Van-Swieten et je pense qu'il sera possible, plus d'une fois, de profiter de cette large voie ouverte à l'absorption par les veines. J'ai fait analyser les urines des malades dans la matrice desquelles j'avais injecté de l'iode : Les résultats ont été négatifs, mais je répéterai ces expériences qui me paraissent pleines d'intérêt.

B. Injections abondantes.

Première expérience. — Sujet de quarante ans environ , n'a pas eu d'enfans , la cavité abdominale renferme une notable quantité de liquide séreux, citrin, rien n'indique qu'une inflammation a existé.

L'utérus est laissé en place. Le spéculum est introduit, l'orifice du col se trouvant trop étroit, il est impossible de faire pénétrer dans sa cavité le tube ordinaire (i) dont l'extrémité est légère-

(i) C'est un tube en argent, de la longueur d'une sonde de femme , mais droit, un peu plus long et ayant un bon tiers de moins d'épaisseur. Pour les femmes qui n'ont pas eu d'enfant, comme le sujet de cette expérience, il le faudrait plus délié encore. ...^^

ment renflée. L'utérds et ses annexes sont enlevées; en pressant un peu, on introduit le tube. Une première injection poussée avec une seringue contenant le double d'une seringue à injection de l'urèthre (i). Cette injection ressort, en partie , par le col , pour la première fois elle pénètre aussi dans les deux trompes et coule par leur orifice péritonéal. L'expérience répétée un grand nombre de fois, présente toujours le même phénomène. L'utérus ouvert n'offre rien de particulier sur sa face interne.

On notera ici que le tube a été introduit avec quelques difficultés, que la matrice a été séparée du cadavre , deux circonstances favorables au passage du liquide dans les trompes; ajoutez Vabondance de ce liquide, et vous aurez l'explication de ce qui s'est passé dans cette expérience.

Deuxième expérience. — Sujet de cinquante à cinquante-cinq ans, a eu des enfans, les parties sont laissées en place, le tube ne peut arriver dans le fond de la cavité; les parties sont séparées, même impossibilité de faire pénétrer le tube plus avant que la cavité du col, une injection pratiquée ressort en entier par l'orifice vaginal de ce col, l'organe divisé présente une obli-

(i) Quaraaie grammes, c'est ceUe seringue qui sert aux injections abondantes.

îéralioii presque complète du corps derulénis.

Troisième expérience. — Sujet de soixante ans environ, a eu des eiifans, trois ou quatre corps fibreux du volume d'une petite noix, déforment entièrement l'organe; la trompe droite est adhérente par son extrémité, la gauche est libre dans toute son étendue; ces deux conduits présentent dans leur longueur, ainsi que les ovaires, de petits kystes. L'utérus et ses annexes sont enlevés, le tube pénètre dans le corps même de l'organe, le liquide sort en partie par la trompe gauche, la droite paraît imperméable. L'expérience répétée plusieurs fois a constamment présenté le même phénomène. On remarquera que c'est ici une injection abondante avec séparation de la matrice.

Quatrième expérience. — Une femme succombe à une violente encéphalite, elle est âgée de trente-deux ans, elle a eu des enfans, les règles n'ont pas reparu depuis son dernier accouchement qui date d'un an (ces circonstances sont à noter), l'injection est faite sur le cadavre. Les parties, dans leurs rapports naturels, le tube pénètre au fond de l'organe ; à la première injection, le liquide passe dans les vaisseaux utérins du côté gauche, dans les veines du petit bassin; le même phénomène n'a pas lieu à droite; le liquide ne s'écoule nullement par les trompes;

l'injection est répétée deux fois, et deux fois le même fait se reproduit.

L'utérus enlevé, est de nouveau injecté. Voici ce qui a lieu : si Tinjeclion n'est pas poussée avec une certaine force il reflue d'abord par l'orifice du col qui permet fiacilement son issue; mais les parois du vaisseau veineux ne tardent pas à se soulever , distendues par le flot du liquide qui ressort par son orifice béant sur le point qui a été incisé pour séparer les parties. Ce vaisseau , dont le point de départ paraît être à la racine de la trompe gauche, est contenu dans l'épaisseur du ligament large gauche. L'injection est faite de nouveau, on exerce une légère pression sur le col, le vaisseau rejette le liquide, lequel passe aussi en partie par les trompes. Un stylet, introduit par l'extrémité libre du vaisseau, arrive au niveau de la naissance de la trompe; son volume ne permet pas de le faire pénétrer jusqu'à l'orifice utérin de la veine. Une injection est alors poussée par le bout de la veine qui est ouvert dans les ligarnens larges. L'eau ressort non-seulement par l'orifice du col, ce qui démontre la commimication large et directe avec l'utérus , mais elle s'écoule encore, en grande quantité, par ime autre veine volumineuse qui marche dans le ligament large parallèlement au bord gauche de l'utérus.

Ces expériences, souvent répétées avec des liquides colorés, ont toujours eu le même résultat.

Il fallait constater le mode de communication du vaisseau avec la cavité de la matrice ; une injection au suif et colorée fut poussée par le col avec un tube assez volumineux, mais sans ligature préalable du col sur la canule : la matière a injection pénétra dans le réseau veineux gauche et Its deux trompes; aucune veine du côté droit ne fut injectée. La cavité utérine, alors ouverte, présente dans le fond même de l'organe, entre l'ouverture des deux trompes, mais plus près de l'orifice tubaire gauche, la muqueuse ulcérée , le tissu de l'utérus érodé, et là une large ouverture de la veine qui laissait échapper le liquide.

Voilà un fait pathologique, une exception qui a sa valeur dans la question que je traite, mais qui a beaucoup plus d'importance sous le rapport pathogénique.

Il est à remarquer que la malade n'avait jamais eu d'écoulement. Entrée à l'hôpital pour une exostose syphilitifjue du crâne, elle avait été infectée par un nourrisson.

Cinquième expérience. — Cadavre d'une femme de quarante-cinq ans environ; elle a eu des enfans, elle a succombé à une péritonite dans le service

d'un collègue qui ne fait pas à'injeclions inlraulérines: après l'ouverture de l'abdomen, l'injection est faite comme sur le vivant , les parties sont laissées en place , l'extrémité libre des trompes seulement est isolée; après l'application du spéculum, le liquide est jjoussé dans la cavité utérine avec la seringue contenant quarante grammes de liquide, et le tube que j'ai adopté. A la première injection faite avec assez de force la trompe gauche est un peu soulevée , rien cependant ne sort de l'orifice péritonéal, la trompe droite paraît imperméable; une seconde et troisième injections poussées avec plus de force sont sans résultai , l'ondulation d'abord observée sur une trompe ne reparaît pas.

Nous pouvions supposer une oblitération des trompes due à la péritonite. Un pouce environ de la trompe gauche est coupé, il y avait alois un orifice parfaitement libre; deux injections sont poussées sans résultat aucun; la trompe est alors coupée fort près de son extrémité utérine et ce conduit ne laisse échapper aucune goutte de liquide. L'ondulation, le soulèvement, observés d'abord sur une trompe, étaient probablement produits par quelques bulles d'air chassées par le liquide.

Voici donc une injection abondante poussée avec force et le liquide ne passe pas par les trompes.

Sixième et septième expériences. — Sur les cadavres de deux femmes ayant eu des enfans, l'une âgée de trente-six à trente-huit ans, l'autre de soixante à soixante-cinq, deux injections sont faites dans les mêmes conditions indiquées dans la cinquième expérience, et rien ne passe par les trompes.

Huitième, neuvième et dixième expériences. — Sur trois femmes, toutes ayant eu des enfans l'une de quarante ans , l'autre de trente la troisième de quatre-vingts, la matrice et ses annexes sont séparées du cadavre, deux injections sont poussées avec force dans chaque utérus avec la seringue dont il a été question, et le tube ordinaire, et tout se passe comme dans les expériences précédentes, c'est-à-dire que le liquide ne passe pas par les trompes, et cependant dans ces dernières expériences les parties sont séparées et placées dans les conditions les plus favorables pour que le liquide passe dans les trompes.

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