CONCLUSION
Convaincu : T qu'il y a de grandes variétés dans l'état des trompes de Fallope et que les femmes sont très différemment •perméables ; 2° que le degré de perméabilité ne peut être prévu, du moins jusqu'à présent : j'ai mesuré la capacité d'un bon nombre de matrices, et je n'injecte que le liquide que peut contenir la matrice d'une femme qui n'a pas eu d'enfans. Cette capacité est on ne peut plus bornée, elle admet tout au plus neuf grains de liquide. En n'injectant que cette quantité, on a donc la certitude de ne pas aller jusqu'au péritoine. Mais pour que le liquide atteigne la cavité de la matrice, il faut que le col.soit débarrassé des mucosités, qu'il soit convenablement mouché , ce qui n'est pas toujours facile. Cependant , par le moyen des injections intra-vayinales telles que je les ai décrites, les difficultés seront levées.
On conçoit qu'avec un clyso-pompe ou luie seringue à hydrocèle, il est impossible de faire d'une manière mesurée des injections à si petites doses, le coup de piston est trop fort. J'ai fait fabriquer, pour cela, de petites seringues en verre
qui ressemblent aux seringues pour l'oreille; j'ai prolongé- la canule, afin de pouvoir me dispenser d'un tube pour ajoutage. Dès que j'ai eu la plus entière certitude que les injections, ainsi mesurées, ne pouvaient pénétrer dans le péritoine, j'ai rendu plus excitant le liquide injecté, je l'ai même rendu caustique. Ainsi maintenant pour les catarrhes utérins anciens , j'injecte la dissolution de nitrate d'argent très concentrée. Cette dissolution est faite au moment même où les injections vont être poussée dans l'utérus. Je jette alors, dans un tiers de verre d'eau, le fragment de nitrate d'argent que contient mon portecaustique; à l'instant , il est dissous, et je charge la seringue avec ce caustique qui est devenu liquide.
Les résultats favorables obtenus par cette injection caustique sont très prompts. Déjà plusieurs observations ont été rédigées par M. Estival, un de mes élèves. Quand il en sera temps, je publierai ces faits. Les effets immédiats et primitifs ne sont pas différens de ceux que j'observais à la suite des injections avec l'iode. La guérison est beaucoup plus prompte. Maintenant ce serait le moment de déterminer les cas qui nécessitent réellement l'emploi de ces injections. Dans les premiers temps, je les ai employées dans presque tous les cas d'ulcérations
de la matrice qui produisaient ce qu'on appelle des flueiirs blanches. J'ai dit , dans ma brochure, que plus tard j'en viendrais à faire des exceptions. Je sais, comme M. Duparque, qu'il est beaucoup d'affections de la matrice bornées à l'extérieur ou à l'intérieur du col. Je ne doute pas, dans ce cas, de l'efficacité des topiques et de mille autres moyens qui peuvent remplacer les injections intra-utérines. Ces moyens, je les connais, j'en fais usage, je sais les apprécier ; mais c'est quand ils font défaut, quand le catarrhe utérin vient de la matrice même, qu'il faut toucher toute la matrice. Or les injections et les injections seules pourront arriver sur tous les points de la paroi interne de cet organe. Voici d'ailleurs, en attendant d'autres faits, une guérison due aux injections ^«^ra-M^eWne5 iodées d'après la formule indiquée dans ma brochure.
Observation de giiérison d'une ulcération granulée du col de l'utérus par les injections intra-utérines iodées.
Louise L...,, âgée de vingt-et-un ans, couturière, d'une vive sensibilité, d'un tempérament qu'on appelait nervoso-sanguin a toujours habité Paris. Elle fit, il y a trois ans, une faussecouche qui n'eut aucune suite grave ; les règles
se sont bien rétablies deux mois après. La malade dit qu'elle n'a jamais eu d'affection vénérienne.
Depuis cinq mois L. ressent des douleurs dans le bas- ventre, aux reins; elle est restée quelque temps sans être traitée. Un écoulement s'étant manifesté, elle consulta un chirurgien dans le mois d'avril; elle fut soumise pendant trois semaines aux injections intra-vaginales avec la solution de nitrate d'argent. Aucune amélioration.
La malade entreàLourcineleg mai 1 84o. Elle présente àl'examen, par le spéculum, un engorgement considérable du col de l'utérus et sur cette partieuneulcération granulée comme une plaie en suppuration. L'ulcération est plus prononcée sur la lèvre postérieure du museau de tanche et paraît plus étendue quand on entr'ouvre un peu le col. L'écoulement est mucoso-purulenl et tenace. La malade est d'abord soumise aux injonctions émollientes qu'elle fait elle-même, puis aux injections inlra-vaginales avec la décoction de feuilles de noyer, deux fois Ja semaine, et d'après la méthode de Lourcine.
Le 20 mai, L. accuse des douleurs assez vives au côté droit du thorax au niveau de la sixième et huitième côte; du côté gauche, la douleur est moins forte, la pressi(9n l'augmente légèrement. Il n'y a pas de gêne de la respiration, pas de toux, pas de réaction fébrile, ces douleurs pré-
sentent le caractère nerveux. Des cataplasmes émolliens laudanisés les dissipent au bout de cinq à six jours.
Le 8 juin l'état de la malade est à-peu-près le même; c'est-à-dire qu'il n'y a rien de changé dans l'état de la matrice dans le dérangement de ses fonctions. Elle est soumise aux injections intra-utérines iodées.
La première injection, quoique pratiquée avec les plus grandes précautions, détermine au moment même où le liquide est poussé , des douleurs dans les aines; peu de temps après, la malade dit souffrir dans tout le bas -ventre; on ordonne des fomentations sur l'abdomen , et des sangsues seront appliquées le soir si la fièvre survient. Vers deux heures de l'après-midi, quatre heures environ après l'injection, les coliques se calment, il ne se manifeste par le plus léger mouvement fébrile, la malade passe une bonne nuit. Le lendemain, elle se trouve tout à-fait remise. Six autres injections intra-utérines sont pratiquées dans le courant du mois de juin; la malade n'a accusé alors que quelques légers picotemens au moment de l'injection , et qui se calment bientôt après. Chaque fois que nous appliquons le spéculum pour constater son état , nous trouvons le col de l'utérus diminué de volume, l'ulccralion moins large, l'é-
coulernent moins fort et devenant toujours plus clair.
Le a juillet la malade a ses règles, elles durent cinq jours, les injections sont suspendues et reprises le i3 seulement. Elle éprouve encore au moment de l'injection d'assez vives douleurs qui durent une partie delà journée et cessent le soir par le seul/ait du repos.
Le 1 6 novembre, injection sans la moindre douleur.
Le 1 5 juillet, l'engorgement du col utérin est considérablement diminué et l'ulcération très rétrécie. Le du même mois, le col a son volume normal et il ne reste qu'une légère rougeur là où était l'ulcération. Avec le retour du col de l'utérus à son état normal les douleurs des reins, de l'abdomen ont disparu et les couleurs fraîches de la malade sont revenues.
Ceux qui connaissent la gravité et surtout la très longue durée des ulcérations de l'utérus qui présentent les caractères indiqués dans cette observation , comprendront l'importance de cette observation et sauront apprécier l'influence des injections intra-utérines.
Imprimé chez Paul Rcnoiiaid, rue Garancicrc, n" 5.