SUR UN
ISJECTIOKS INTRA-UTÉRINES.
PAR AUG. VIDAI. (DE CassIS).
CUIHURGIER DE I.ODRCinE (hÔPITAI, DES FEMME.l).
Mes recherches, sur les iaieciionsintra-titerines, ont suscité des objections qui se sont produites dans les sociétés savantes, dans les cours de la Faculté, ceux de l'Ecole pratique et dans la Presse médicale.
Je ne puis répondre à tous ceux qui ont pris la plume ou la parole, car je ne les ai pas tous entendus; il en est d'ailleurs qui sont au-dessous de toute critique et qui ont parlé trop bas pour que j'aie pu savoir leur pensée.
Parmi les praticiens, qui ont essayé de traiter, un peu sérieusement, la question que j'ai agitée, se présente, en première ligne, M. Duparque. En lui répondant, je mets le public au courant des progrès des injections intra-utérines. Ces quelques lignes qu'on voudra bien me pardonner encore feronl donc suite à ma première brochure. De long-temps, il me sera impossi-
ble de prendre la plume sur ce sujel : je laisse donc aux nouveaux prétendans à la découverte des injections intra-utérines , de soin de les défendre. Ce qui ne sera pas difficile maintenant.
Paris, ce ai septembre 1840.
La Gazette médicale vient de publier sur les injections ïntra-tctérines , une note rédigée avec un sens et un esprit que j'aurais voulu reconnaître et louer chez tous ceux qui ont pris là plume ou la parole à l'occasion de mes recherches sur le traitement des maladies de la matrice.
L'auteur de cette note est M. le docteur Dupirque. Je lui dois une réponse qui pourra peut-être profiter à ceux qui s'intéressent à la solution de la question que j'ai agitée, car elle indiquera les progrés qu'elle a faits depuis la publication de rna brochure, (i)
M. Duparque commence par une esquisse historique qui ne ressemble pas mal à un reproche à l'adresse de ceux qui, en écrivant sur les injections intra-utérines , n'ont pas cité les auteurs qui les avaient devancés. Dans mon opuscule, dans ma communication à l'Académie de médecine, règne, je crois, un désintéressement qui me
( ' ) Voy. Essai sur un traitement méthodique de quelques maladies de la matrice.
met au-dessus de ce reproche. L'avertissement qui ouvre mon travail , dit très clairement que mon but est de conserver et non de donner un moyen nouveau à la thérapeutique; j'insiste même pour qu'on sache bien que je ne fais qu'im essai. Ce sont, ai je dit, des expériences que Je publie pour en appeler d'autres. Voilà mes paroles. Et même, sans un motif impérieux , je me serais renfermé encore long-ternps dans le silence d'une observation patiente et laborieuse, car je suis de ceux qui prennent le public au sérieux. Je ne croyais pas d'ailleurs que les injections intra-utérines en fussent déjà à leur période de convoitise ; je les croyais à peine à leur période de dépréciation. Il était donc gén,éreux à moi de les soutenir alors. Mais voilà que MM. Mélier , Guillon et Ricord , viennent tous trois, en même temps, réclamer la priorité. Ce qui prouve, et ils me l'ont assuré, qu'ils sont très partisans de ce moyen thérapeutique. Or, on m'avait désigné ces praticiens comme des opposans. Je m'empare donc de leur adhésion , et je laisse, à M. Duparque, la difficile tâche de décerner à qui de droit l'honneur de la priorité. Elle serait due, selon l'auteur de la note, à M. Mélier, praticien distingué, lequel a présenté, en i832, un mémoire à l'Académie sur ces injections. Si MM. Guillon et Ricord ont des dates
anlérieiiics à celles de M. Mélier, ils les feront valoir. Quant à moi, je déclare que je n'ai inventé ni canule ni seringue pour injecter la matrice. Mes prétentions sont d'un autre ordre. Il ne peut en être question ici. Voici d'ailleurs l'historique de M. Duparque; on verra qu'il ne s'oublie pas.
« Il est bon pour rendre à chacun ce qui lui est dû, de rappeler que M. Mélier a présenté en ï832 un mémoire très remarquable sur les injections de la cavité utérine à l'Académie royale de médecine, et que ce travail est inséré dans le tome II des mémoires de cette illustre société (i). Tous les journaux médicaux de l'époque en ont rendu compte. Alors aussi j'essayai l'application de ce moyen de traitement^ j'ai consigné le procédé que j'employai d'après des instructions verbales que voulut bien me donner l'auteur. Voici ce procédé : on se sert d'une seringue àhydrocèle et d'une canule droite suffisamment longue , et à extrémité mousse; après avoir à l'aide du spéculum mis le col utérin a découvert, on introduit la canule à travers son orifice et on l'y enfonce. On doit pousser d'abord quelques injections simplement aqueuses. En-
(i) iVcmoircs (le l'Académie royale de médecine. Varie, l. u,, pag. 33() cl suiv.
suite pour nettoyer l'organe des matières qui l'engorgent, etc. »
Je note seulement ici la circonstance de la seringue à hydrocèle, pour injecter un organe qui ne contient que de 9 grains de liquide !
11 y a trois faits qui obscurciront continuellement la question , tant qu'on les acceptera avec la légèreté qui a dirigé leur publication. Un de ces faits est exposé dansle Journal des connaissances médico-chirurgicales,\\ est qtlestion d'une injection dans l'utérus faite avec un clyso-pompe! Je ne suis pas le moins du monde disposé à faire la critique de la manière d'opérer d'un collègue; je prierai seulement M. Duparque de lire avec soin l'observation que je vais lui transcrire, et je me permettrai de lui demander, ensuite, si un fait de cette nature pouvait autoriser, qui que ce soit, d'intituler un article : Danger des injections intra-utérines.
ISote sur le danger des injections faites dans
l'utérus.
« Une jeune fille de dix-neuf ans , bien constituée, à rhôpital depuis plusieurs mois, était tourmentée d'un écoulement leucorrbéique intarissable; l'utérus en était le foyer exclusif Tous les moyens habituels étaient épuisés. Suivant alors l'avis do praticiens dont l'autorité est
tort recoin mandable, je résolus de porter la médication topiqne jusque dans le foyer même, c'est-à-dire dans la cavité utérine. Une injection fut donc pratiquée à travers le col. T.a matière de cette injection était une décoction de feuilles de noyer, l'instrument qui la poussait un clysopompe. Au premier coup de piston, la malade jeta un cri aigu en portant vivement la main sur la région iliaque gauche. Remontée dans son lit, elle fut prise d'un violent frisson pendant plusieurs heures, suivi d'une réaction fébrile intense. La douleur abdominale se prolongeait dans le bassin où sa nature se modifiait, elle était expultrice , il semblait à la malade qu'un corps étranger faisait effort pour sortir de la matrice. A ces caractères on ne pouvait méconnaître une mélro-péritonite. »
Après ces détails cliniques, l'auteur de l'observation expose les expériences que j'ai instituées et comme il en ignorait sans doute l'auteur, il les attribue àM. Dastros mon interne, ce qui est en même temps généreux et juste. En terminant, ce praticien juge convenable É?e proclamer bien haut, qu'il est urgent désormais de s'abstenir des injections intra-utérines !
Quand j'ai parlé de mes observations et de mes expériences, il m'a été naïvement répondu que leur nouibre , leur valeur ne-pouvaient anéan-
tir le seul fait dont il vient d'être question,quel que fût son isolément, il devait rester dans la science pour protester contre l'innocuité des injections intra-utérines. Comme l'a fait un clinicien habile ùausV Esculape/]e conteste fort la métro-péritonite qu'on a voulu donner à la femme qui a subi l'expérience ici rapportée, et je répète (ce qui a été si souvent dit) que cette même femme est sortie de l'hôpital, jsa/re jwW/e s'y ennuyait. D'ailleurs je considère le procédé employé comme vicieux et dangereux; ce résultat ne peut donc pas être mis en ligne de compte quand on juge la question des injections intrautérines. Que diraient les modernes ténotomistes, si dans la question de la ténotomie on leur jetait un fait d'opération pratiquée d'après un procédé dangereux et tout-à-fait défectueux , par exemple, celui d'IsaciusMinius? quevous répondraient-ils si on opposait une section du tendon d'Achille avec dénudation de ce tendon à des centaines d'opérations heureuses par la méthode sous- cutanée? Les ténotomistes répondraient ceci : Vous en êtes à peine à la fin du dix-septième siècle, quand nous en sommes bientôt au milieu du dix-neuvième , votre procédé est très défectueux et le fait que vous citez ne peut entrer en ligne de compte.
Hé bien ! je fais la même réponse. Si d'ailhnirs
jo voulais profit(M' de ma position, je m'emparerais (le ce fait, pour démontrer d'une manière encore plus évidente l'innocuité des injections intra-utérines. Car, si, après le procédé employé par mon collègue, la malade en a été quitte pour des douleurs abdominales et pour un ennui qui lui a fait demander son exeat ^ c'est une preuve qu'il n'y a pas un grand danger à faire une injection même forcée dans la matrice. Mais n'abusons pas des armes que nous donnent nos adversaires, soyons praticiens avant tout; que les erreurs des autres comme les nôtres soient profitablesà nos malades. Faisons des injections modérées a petites doses et non forcées et abondantes.
Restent maintenant deux faits appartenant à M. Bretonneau et à M. Tonnelé ; on les invoque continuellement, et comme ils viennent de loin et de deux praticiens recommandables dont l'un même porte un des plus beaux noms de notre époque médicale, on en abuse étrangement. Il serait temps cependant que ces faits fussent connus autrement que par une conversation d'un homme d'esprit dont l'imagination passe pour être d'une remarquable fécondité. Je fais grâce à M. Bretonneau des expériences sur le cadavre, sur les chiennes; mais il devrait bien nous dire avec son talent et sa bonne foi si bien connus:
1" Combien il a été fait d'injections à Tours ;
2° Les instrumens dont on s'est servi ;
3" La nature, la quantité du liquide injecté;
4° A-peu-près la force employée, et surtout la durée de cette opération ;
5' Les phénomènes , les accidens observés , si accident il y a eu.
M. Bretonneau devrait nous éclairer sur tous ces points, cela ne lui serait pas difficile. Attendons donc les lumières du soleil de la Touraine.
Il est des paragraphes de la note de la Gazette médicale qui me laissei aient croire que je n'ai pas eu l'honneur d'être lu par M. Duparque, car ce praticien semble me faire dire que les malades n'éprouvent rien quand je les , injecte. De là cette fausse conclusion que mes injections ne vont pas jusqu'au corps de la matrice. Or, il y a dans ma brochure un grand article destiné à l'exposition des effets des injections intra-utérines, effets que je divise en instantanés priîniti/set consécutifs : «Les injections intra-utérines, « ai-je dit, comme toutes les injections faites « dans des parties vivantes, développent quel- « quefois des phénomènes plus ou moins appâte rens , plus ou moins sensibles. »
Vient ensuite la description de ces phénomènes, et je prouve que ce ne sont pas là des accidens, car, pour les appeler ainsi, il faut fausser
le langage médical et observer fort légèrement. Je donne la véritable interprétation de ces phénomènes; je les considère comme essentiellement nerveux. C'est d'ailleurs là l'opinion de tous ceux qui ont su employer l'injection et observer leurs effets. M. Mélier, entre autres, qui s'en sert dans sa pratique depuis dix ans, n'a pas constaté un seul accident sérieuz.MM. Roche et Jolly, praticiens dont le mérite et la bonne foi ne sont mis en doute par personne , m'ont assuré qu'ils avaient connaissance des succès de M. Mélier.
L'erreur dans laquelle était M. Diiparque sur le sens que j'attachais au mot innocuité, m'a prouvé qu'il ne m'avait pas lu ou qu'il ne m'avait pas compris. Maintenant la modification qu'il propose prouve qu'il est partisan de la méthode, du principe, ce qui m'est fort agréable; mais en même temps, j'ai la preuve que cet estimable praticien n'est pas au courant des progrès qu'ont lait à fjourcine ^ les injections intra-utérines. Ceci est plus pardonnable, car je n'ai rien dit publiquement depuis ma brochure et l'accès de notre hôpital est difficile (i). M. Duparque a imaginé un mezzo termine, ce qui dans notre langage veut dire, je crois, un juste-milieu. Au
( I) Il faut une permission de l'aclininistralion pour entrer (liiiib cet liô|)ilal.
lien de pousser doucement et lentement le liquide, dit l'auteur de la note, je le projette vivement, et par « secousses brusques, mais peu « étendues en ne faisant avancer le piston de la « seringue à chacune d'elles que de deux à cinq « millimètres; je laisse écouler quelques secon- « des entre chaque secousse de manière à lais- « ser le temps à la portion du liquide projetée « de s'écouler au dehors, ce qui prévient une « accumulation dangereuse dans la cavité uté- « rine » (^Gazette médicale du 19 septembre 1840). Ce passage de la note prouve que M. Duparque a parfaitement compris le mécanisme des injections intra-utérines et les principes qui doivent diriger le praticien dans leur emploi. Jl faut quelles aient très peu de durée et qu'elles soient peu abondantes. Je suis vraiment émerveillé que M. Duparque soit venu de lui-même et comme par improvisation à une pratique que je cherchais depuis long-temps, et qui a coûté beaucoup de temps et beaucoup d'expériences. Aussi ne sais-je comment lui dire que depuis phis d'im mois le procédé qu'il invente aujourd'hui est suivi dans mon service de Lourcine.
Voici comment j'y suis arrivé :
Les expériences que j'ai d'abord instituées et qui ont été faites sur le cadavre ont été divisées en trois séries :
1° Injections forcées avec une forte seringue, dont la canule était introduite dans le col de l'utérus, lequel était lié sur cette canule. On poussait avec la plus grande force que puisse employer un homme vigoureux;
2° Injections abondantes faites avec une seringue qui avait une capacité double de la seringue à injections uréthrales. On poussait avec une force modérée;
3° Injections modérées. Elles étaient faites avec un petit tube et une seringue qui ne contenait que vingt grammes de liquide. On poussait doucement; tout au plus avec la force qu'il faut pour injecter dans l'oreille.
Voici les résultats fournis d'abord par ces trois séries d'expériences :
a. Injections forcées. Le liquide et l'air contenus dans les veines passaient quelquefois plutôt dans les veines de l'utérus que dans les trompes. Il arrivait aussi qu'ils passaient par ces trompes pour se rendre dans le péritoine;
h. Pour les injections abondantes ^ le liquide refluait souvent par le col pour tomber dans le vagin, mais quelquefois il filait aussi par les trompes et passait dans le péritoine ;
c. Enfin les injections modérées ne produisaient jamais ce dernier phénomène.
Jedus donc choisir ce dernier procédé pour l'cin-
ployer sur le vivant, caries canaux quijouissenlde la vie doivent être moins perméables encore que sur le cadavre. J'en étais là, quand j'ai publié ma brochure. Cependant commeje sais qu'on ne peut trop multiplièr les expériences , je dis que les miennes nétment/aites que pour en appeler d^autres et mêmeaprès avoir indiqué les résultats de latroisième série, j'ajoutai très positivement: ces expériences devront encore être répétés : c'est ce que j'ai fait. Hé bien ' il est arrivé que dans le plus grand nombre de cas, si les parties n'étaient pas séparées du cadavre, et si on suivait les conseils que j'ai donnés dans ma brochure, le liquide ne passait pas dans le péritoine. Mais il est arrivé aussi que malgré ces conseils, il y passait , à la vérité, très rarement , et cela quand on voulait épuiser la seringue, et quand on injectait lentement. Mais il est sorti de ces expériences un fait qu'on ne perdra pas de vue, et qui vient à l'appui de la modification que M. Duparque croit avoir inventée : c'est que pour parcourir les trompes , et pour arriver au péritoine, il faut au liquide un certain temps-, aussi quand on prolonge les injections, quand OTi les fait avec une certaine lenteur^ même avec une force très modérée, on arrive parfois au péritoine, tandis que si on les fait d'iin seul jet avec une très petite seringue^ le liquide n'a pas
le temps de cheniiner dans les trompes, il retourne par le col et retombe dans le vagin.