‹ Essai sur une nouvelle préparation d'opiumChapitre 14 sur 46 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

eee \ RE US S L' — PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DE L'Oriuu

Dans cette deuxième partie nous nous occuperons exclu sivement des propriétés physiologiques de l’opium. Nous montrerons ensuite les inconvénients de la médication opiacée, l’accoutumance, la morphinomanie ; inconvénients - qui disparaissent quand, faisant appel aux ue le pra- -ticien emploie le Pantopon.

Nul médicament ne détermine des effets aussi variés que l’opium, soit qu’on administre l’opium entier ou un de ses sels. :

Sydenham disait dans sa Médecine Pratique : (Ce remède est si nécessaire à la médecine qu’elle ne saurait absolument s’en passer. Un médecin qui saura le manier comme il faut, fera des choses surprenantes et qu’on n’attendrait pas aisément d’un seul remède, car ce serait être peu instruit de la vertu de celui-ci, que de l’employer seulement poux procurer le sommeil, calmer les douleurs it arrêter la diarrhée. L’opium peüt servir dans plusieurs autres cas ; c’est un excellent cordial et presque l’unique que l’on ait découvert jusqu’icl. » ï

L'opinion de Sydenham est toujours vraie. L’opium est employé dans une foule de circonstances, mais son action physiologique varie suivant la nature de l’opium ou de ses alcaloïdes administrés. Nous étudierons dans ce chapitre l’action physiologique de l’opium entier.

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CircuLarion. — L’action de l’opium sur la circulation varie suivant les doses employées.

A faible -dose, on voit survenir une activité notable des contractions cardiaques. Le pouls, plus fréquent et plus fort, peut monter de 71-75 à 100.

À dose forte et introduite d’un coup, on observe au contraire du ralentissement et des irrégularités.

Bordeu disait que sous l’influence de doses faibles d’opium, «le cœur se dilate ». Cullen expliquait cette stimulation cardiaque, par suite de la stimulation du nerf accélérateur, ou bien par suite de la dépression des filets modérateurs.

TEMPÉRATURE. — Les anciens appelaient l’opium un «médicament chaud ». La température varie, en effet, sous son influence. C’est un médicament fébrigène.

RESPIRATION. — La respiration est modifiée dans le niême sens que la circulation ; il y à ici encore une question de doses. Les faibles doses déterminent une augmentation assez notable des mouvements respiratoires, surtout de leur amplitude. Les doses toxiques provoquent, au contraire, un ralentissement considérable et en même temps une respiration entrecoupée, irrégulière, arythmique. Le malade, en quelque sorte, « oublie » de respirer, c’est-à-dire que la respiration est bien effectivement privée de la stimulation que le cerveau exerce normalement sur cette fonction. On observe de l’engouement pulmonaire. |

Sécrérions. — Depuis longtemps on connaissait les propriétés sudorifiques de l’opium : on s’en était d'autant mieux aperçu, qu’elle contrastait avec le$ autres sécré-

Loge

tions, dont il diminue l’abondance. Ces faits ont aujourd’hui leur explication.

L’opium est un médicament cardio-vasculaire et un dépresseur cardio-vasculaire. Les cardio-vasculaires sont diaphorétiques, et les dépresseurs cardio-vasculaires sont diurétiques. Si donc, on prescrit l’opium à faible dose, il agira comme sudorifique ;si1 on l’emploie à haute dose, il agira Comme diurétique.

La sécrétion qui subit la diminution la plus frappante, c’est la sécrétion mucipare. Elle se traduit par la sécheresse du pharynx et de l’oligurie. [1 y a diminution de la sécrétion urinaire.

Sous l'influence de l’opium, on note une dépression de la sécrétion biliaire. Les matières fécales sont décolorées, et les produits biliaires étant sécrétés en beaucoup moindre quantité, il en résulte une diminution de la stimulation intestinale, qui vient s’ajouter à l’action hypocrinique qui s'exerce déjà sur les sécrétions des glandes de l’intestin.

La diminution notable des sécrétions des glandes intestinales, ainsi que la quantité de mucus, jointe encore à la diminution de la sécrétion biliaire, la consistance des fèces, moins fluides et moins irritantes rt, en même temps, une sorte de parésie que l’opium imprime à la tunique musculaire de l’intestin, expliquent précisément la constipation qui résulte de l’ingestion de l’opium.

Toutes les autres sécrétions sont plus ou moins diminuées. Sécheresse de la muqueuse buccale ; dysphagie, difficulté daris l’articulation des sons, par suite d’une humectation insuffisante de l’appareil vocal. La sécrétion lactée est également influencée.

Svysrème nerveux. — C’est lui qui subit les modifications

ne fie

les plus importantes, celles qui impriment à l’opium son individualité pharmacologique.

L'action hypnotique de l’opium a passé de tout temps pour son action la plus saillante, on pourrait presque dire qu’elle se perd avec les origines de l’opium, et elle a été acceptée sans la moindre contradiction par la plupart des observateurs. L’opium a même été choisi comme type des substances somnifères, et le pavot a passé de tout temps, aussi bien parmi les poètes que parmi les us pour. l’emblème du sommeil et du repos.

Cependant, si la narcose est l’expression certaine, inévitable des doses élevées d’opium, il n’en existe pas moins un très grand nombre de cas dans lesquels c’éèst l’excitation qui caractérise lés doses modérées ou faibles. |

Fonssagrives a groupé sous quatre chefs les modifcations que l’opium en nature peut exercer sur l’organisme.

1° L’impression : qui effleure simplement les organes. Elle est caractérisée par l’absence de sommeil. Bien plus, on remarque une activité cérébrale, un état agissant du cerveau qui est précisément cet état recheché par les morphinomanes, par les consommateurs d’opium sous quelque forme que ce soit ;

2° L’imprégnation : qui pénètre les organes et permet déjà la manifestation de symptômes beaucoup plus accusés ;

3° La saturation : qui porte à son summum l’activité médicamenteuse de la substance toxique ;

4° T'intoxication : C’est l’exagération de la dose précédente ; l’organisme se trouve alors accablé sous la causa

de la deu doc qui l’opprime et réagit par une sympto. matologie particulière.

On a remarqué, relativement à l’action hypnotique de

l’opium, un phénomène assez curieux : c’est que le som-

meil déterminé par l’opium est un sommeil beaucoup plus agissant, plus entremêlé de rêves que ne l’est le sommeil naturel ou célui déterminé par les autres substances hypnotiques. Quelle que soit la dose d’opium qui ait été administrée pour produire cet effet, le sommeil obtenu est suivi, le lendemain, d’affaissement cérébral, de céphalalgie, d’un état gastrique plus où moins accentué, et c’est là, certainement, un des écueils de l’administration de l’opium à titre de substance hypnotique. Il faut tenir compte, non seulement des doses plus ou moins fortes, mais de la réceptivité plus ou moins délicate des individus.

Quant à l’action analgésique de l’opium, deux interprétations ont été émises.

Pour les uns, l’action analgésique de l’opium avait été attribuée à une action centrale, à une action cérébrale. On disait que sous son influence, les centres percevaient moins nettement ou même pas du tout la douleur.

Pour les autres, l’action analgésiante serait plutôt d’ori- gine périphérique. Ce serait par suite de l’action exercée sur les extrémités terminales périphériques, que l’action analgésiante de la morphine se manifesterait.

Quoi qu'il en soit, l’opium est le médicament spécifique, prescrit contre l’élément douleur. C’est à: lui qu’on a recours dans les crises douloureuses de n'importe quelle origine, les névralgies, les insomnies, les délires alcooliques, les polyuries nerveuses, les crises tabétiques, les coliques hépatiques, néphrétiques, etc.

SYSTÈME MUSCULAIRE. — L'action de l’opium sur les muscles lisses et striés se traduit, au début, par un orgasme musculaire plus ou moins intense, mais ne laisse jamais

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