‹ Essai sur une nouvelle préparation d'opiumChapitre 15 sur 46 · LA TES · texte numérisé non relu

LA TES

de se manifester lorsque l’opium est administré à des doses faibles ; c’est un véritable excitomoteur lorsqu'il est employé à des doses modérées. Il détermine alors cette sensation d’ (alacrité musculaire » que Fonssagrives, qui a imaginé cette expression, regardait avec raison comme l’une des caractéristiques des impressions sensuelles camsées par ce médicament, et que recherchent précisémerit les morphinomanes et les consommateurs d’opium. Au contraire, sous l’influence de fortes doses, on voit se produire très rapidement l’abolition des propriétés de Ia moelle en tant que foyer d’innervation motrice ; et ces manifestations se traduisent par une impotence fonction: uelle plus ou moins considérable, en même temps que par l’augmentation de l’acide carbonique dans le sang.

Cette action sur les muscles, soit lisses, soit striés est assez importante à considérer dans certaines circonstances. On a proposé l’opium comme médicament anti-abortif, C’est en se fondant précisément sur cette action de l’opium sur les muscles lisses qu’on a été amené à le considérer comme anti-abortif, Mais il est probable que les muscles lisses sont surtout influencés par l’opium secondairement, c’est-à-dire par l’intermédiaire du système lymphatique.

La prétendue action dépressive, exercée par ce médica. ment sur d’autres muscles de la vie organique, tels que ceux de l’intestin, de la vessie, des bronches, est justiciable de la même réserve.

ACTION APHRODISIAQUE. — liongtemps l’opium à joui de la réputation d’être un aphrodisiaque. En réalité, cette action est fort variable. À ce propos, il faut distinguer deux catégories d'individus

1° L’individu qui ne recherche absolument dans l’accomplissement de l’acte sexuel que le côté matériel, et pour qui

cet acte constitue exclusivement, suivant la définition de Chamfort, le contact de deux épidermes, celui-là ne tarde pas à éprouver l’effet déprimant qui prédomine dans 1’ action exercée par l’opium sur la sensibilité ; 2° Mais à côté de ceux-là, il y a les psychiques, les poètes. qui ‘cherchent dans l’acte sexuel la satisfaction d’un désir moral, et qui, alors, trouvent de par les hallucinations que l’opium peut déterminer chez eux, un état d’exaltation psychique, de transports immatériels d’ordre absolument moral, bien supérieurs à la satisfaction des seuls appétits organiques. Chez ceux-là, l’opium aura, pendant un temps plus ou moins long, plus ou moins court, suivant les circonstances, une action aphrodisiaque très nette.

Mais, fatalement, l’organisme arrive à la saturation Dès lors, le malheureux morphinomane, réalisera une nouvelle forme du supplice de Tantale, par le contraste entre cette impuissance effective et les images que ses désirs impossibles à assouvir lui représentent sans cesse. Ef, en définitive, c’est à une action anaphrodisiaque qu’on aboutit.

ACTION NOOSTHÉNIQUE. — Sous la dénomination de noosthéniques, Fonssagrives rangeait tous les stimulants de l'intelligence, l’alcool, l’acide carbonique, le chanvre indien, le kawa, l’opium et les caféiques. Pour M. Pouchet, il faudrait distraire le groupe des caféiques de celui des noosthé.: niques, parce qu’il existe entre l’action stimulante exercée par les caféiques et celle qu’exercent l’alcool, l’opium et le chanvre indien une différence essentielle. Cette différence, M. Pouchet la trouve dans l’action noosthénique exercée par les caféiques. Ce serait surtout une action secondaire, conséquence de l’augmrentation de la pression sanguine déterminée par les caféiques ; tandis que, dans l'action exercée par l'alcool, l’opium, le chanvre indien,

SAT ‘l'observation et l'expérience montrent qu’il y a une action particulière et primitive sur la cellule nerveuse, que cette cellule réagit par elle-même primitivement, en raison de l’action particulière exercée par les substances actives de

ces différentes drogues sur l’élément nerveux lui-même.

Cette action noosthénique de l’opium se traduit par un état de bien-être, de bonne humeur, de force physique et intellectuelle. Sous son influence, les idées sont nettes, pré-

cises ; la mémoire est fidèle ; la conception est plus rapide

et plus ferme ; l’expression, la traduction des idées sont

tout à fait faciles, abondantes et sans efforts ; et de l’aveu

de tous ceux qui ont essayé les différents stimulants on qui les ont étudiés de très près, nulle autre stimulation ne peut certainement être comparée à celle que détermine

- l’opium. 9 rm

Sous l’influence de petites doses, l’état de stimulation et de veille est plus ou moins prolongé. À cette phase succède un état de dépression plus ou moins intense. On peut dire, en définitive, de l’opium ce qu’on peut dire également pour l’alcool ; que son emploi à dose modérée produit un état d’excitation, de force, d’expansion, de gaîté, d’hallueinations joveuses.

Ces qualités de l’opium comme stimulant général étaient ’

d’ailleurs bien connues et appréciées dans certaines contrées où cette drogue a toujours été employée d’une façon courante. « Les Orientaux, dit le Dr J. Matteï, emploient l’opium comme excitant. Le peuple en prend pour augmenter ses forces, et les hommes qui ont à supporter de longues fatigmes et souvent la faim, comme les courriers tartares par exemple, en usent comme restaurant et excitant de leurs forces. »

ACTION SUR LA NUTRITION, — Le fait le plus remarquable

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de l’action de l’opium sur la nutrition, c’est la diminution considérable du mouvement de la désassimilätion ; on à tablé sur ce fait pour employer l’opium dans la cure du diabète, de même qu’on ä utilisé son action dépressive sur les sécrétions dans le traitement de la polyurie simple.

Sous l’influence de l’ingestion de l’opium, on voit survenir un amaigrissement et une perte rapide des forces, résultant bien plus de l’influence de la nutrition que de phéno-: mènes de dénutrition exagérée. Le besoin de réparation est extrêmement réduit, on pourrait dire qu'il est réduit presque au minimum. è

On arrive en quelque sorte à une anorexie physiologique justifiée par ce fait du besoin minime de réparation nutritive, On trouve encore ici une étroite analogie entre l’opium et l’alcoo!, par rapport à ce qu’on à appelé des « agents d'épargne ».

C’est précisément à ce point de vue que l’emploi de l’opium a été mis en œuvre par des individus ayant à fournir une grande somme de travail sans être assurés d’une réparation alimentaire suffisante : c’est ainsi, par exemple, que l’opium est employé utilement par les courriers tartares lorsqu'ils s’engagent à travers les steppes pour de longues courses. Les travailleurs de l’Inde utilisent également ce moyen de réduire la quantité de leur ration alimentaire ; et, pendant les famines, les indigènes, connaissant parfaitement ces qualités de l’opium, ont recours à cette substance pour suppléer aux aliments qu’il leur est impossible de se procurer. C’est encore pour la même raison qu’autrefois, dit Matteï, on distribuait aux soldats de l’armée turque, avant d’entrer en campagne, une provision d’opium capable de leur permettre d’endurer les privations d’aliments, absolument comme on a l’habitude, en

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d’autres pays, de distribuer aux soldats une ration d’eau. de-vie, de rhum ou de sucre, dans les mêmes circonstances.

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