Chapitre XXXI
relie que la fupériorité des lumières donne aux maîtres fur les difciples. De cette autorité naquit la puiffance. Il n'y eut point d'évêque en Allemagne & dans le Nord qui ne fût fouverain ; nul en Efpagne , en France , en Angleterre, qui n'eût , ou ne difputâc les droits régaliens. Prefque tout abbé devint prince ; & les papes , quoique perfécutés, étaient les rois de tous ces fouverains. Les vices attachés à l'opulence , & les défailles qui fuivent l'ambition, ramenèrent enfin la plupart des évêques & des abbés à l'ignorance des Laques. Les univerfités de Bologne , de Paris, d'Oxford, fondées vers le treizième fiècle, cultivèrent cette fcience qu'un clergé trop riche abandonnait.
Les docteurs àeces univerfités , qui n'étaient que docteurs , éclatèrent bientôt contre les fcandales du refle du clergé; & l'envie de fe fignaler , les porta à examiner des myffères, qui pour !e bien de la paix , devaient être
|X toujou rs derrière un voile.
Celui qui déchira le voile avec le plus d'emportement , fut Jean Wiclef, docleur de l'univeriîté d'Oxford. Il prêcha , il écrivit, tandis ^Urbain V. & Clément défolaient l'égîife par leur fchifme , & publiaient des crcifades l'un contre l'autre. Il prétendit qu'on devait faire pour toujours ce que la France avait fait un tems, ne reconnaître jamais de pape. Cette idée fut embrafTée par beaucoup de feigneurs indignés dès long-tems de voir l'Angleterre traitée comme une province de Rome ; mais elle fut combattue par tous ceux qui partageaient le fruit de cette fourmilion.
Wicleffm moins protégé dans fa théologie que dans fa politique. Il rénouvella les anciens fentimens profcrrs dans Birengzr. Il foutint qu'il ne faut rien croire d'impsiSbîe ci de contradictoire , qu'un accident ne peut lubrifier fans fujet , qu'un même corps ne peut être à la fois tout entier en cent mille endroits, que ces idées monftrueufes étaient capables de détruire la foi dans l'efprit de
quiconque a confervé une érincelle de raifon , qu'en un mot le pain & le vin de 1'euchariftie demeurent du pain & du vin. Il voulut détruire la confeifion introduite dans l'Occident , les indulgences par lefquelies on vendait la jufticede Dieu, la hiérarchie éloignée de fa fimplicité primitive. Ce que les Vaudois enfeignaient alors enfecret, il i'enfeignait en public; & à peu de chofe près fa doctrine était celle des proteflans , qui parurent plus d'un fiècle après lui , & de plus d'une fociété établie longtetns auparavant.
Sa doclrine fut réprimée par l'univerfité d'Oxford, par les évêques & le clergé , mais non étouffée. Ses manufcrits , quoique mJ digérés & obfcurs , fe répandirent par 1ù feule curiofité qu'inipiraient le fujet de la querelle & la hardieffe de l'auteur, de qui les mœurs irrépréhenfibles donnaient du poids à fes opinions. Ces ouvrages pénétrèrent en Bohême, pays n'aguère barbare, qui de l'ignorance la plus groffière, commençait à parler à cette autre efpèce d'ignorance qu'on appeilait alors érudition.
L'empereur Charles IV. législateur de l'Allemagne & de la Bohême, avait fondé une univerfitédans Prague , fur le modèle de celle de Paris. Déjà on y comptait, à ce qu'on dit , près de vingt mille étudians au commencement du quinzième fiècle. Les Allcmans avaient trois voix dans les délibérations de- l'académie , & les Bohémiens une feule. Jean Eus , né en Bohême, devenu bachelier de cette académie, & confeffeur de la reine Sophie de Bavière femme de Venceflas , obtint de cette reine que fes compatriotes au contraire euffent trois voix , & les Allemans une feule. Les Ailemans irrite's fe retirèrent ; & ce furent autant d'ennemis irréconciliables que fe fit Jean Hus. Il reçut dans ce tems-là quelques ouvrages de Wiclef\ il en rejeta constamment la doclrine , mais il en adopta tout ce que la bile de cet Anglais avait répandu contre les fcandales des papes & des évêques , contre celui des excommunications lancées avec tant de légèreté
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