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Chapitre XXXI. 2.33 Ç

& de fureur; enfin contre toute puifTance eccîéfiaflique , dont Wiclef ni lui ne diflinguèrent pas les droits & les ufurpations. Par-là il fe fit de bien plus grands ennemis ; mais auffi il fe concilia beaucoup de protecteurs , & furtout la reine qu'il dirigeait. On l'accufa devant le pape Jean XXIII. & on le cita à comparaître vers l'an 141 1. Il ne comparut point. On affembla cependant le concile de Confiance , qui devait juger les papes & les opinions des hommes. Il y fut cité. L'empereur lui-même écrivit en Bohême , qu'on le fît partir pour venir rendre compte de fa doclrine.

Jean Hus\ plein de confiance , alla au concile, où ni lui ni le pape n'auraient dû aller. Il y arriva , accompagné de quelques gentilshommes Bohémiens & de plufieurs de fes difciples, & ce qui eft très-effentiel , il ne s'y rendit que muni d'un fauf-conduit de l'empereur , daté du 18 O&obre 141 4; fauf-conduit le plus favorable & le plus ample qu'on puiffe jamais donner , & par lequel l'empereur le prenait dans fa fauvegarde pour fon voyage , fon féjour & fon retour. A peine fut-il arrivé qu'on l'emprifonna ; & on infirmât fon procès en même tems que celui du pape. Il s'enfuit comme ce pontife , & fut arrêté orame lui. L'un & l'autre furent gardés quelque tems dans la même prifon.

Enfin il comparut plufieurs fois , chargé de chaînes. On l'interogea fur quelques paffages de Ces écrits. Il faut l'avouer, il n'y a perfonne qu'on ne puiffe perdre en interprétant fes paroles. Quel docteur, quel écrivain e(\: en fureté de fa vie , fi on condamne au bûcher quiconque .dit « qu'il n'y a qu'une égiife catholique, qui renferme » dans fonfein tous les prédeflinés ; qu'un réprouvé n'efl » pas de cette égiife ; que les feigneurs temporel-; doi- » vent obliger les prêtres à obferver la loi ; qu'un mau- » vais pape n 'eft pas le vicaire de JesUS-ChuiST ?

Voila quelles étaient les proportions de Jean Hus. Il les expliqua toutes d'une .manière qui pouvait obtenir fa j|

grâce ; mais on les entendait de la manière qu'iL fallait pour le condamner. Un père du concile lui dit : Si vous necroye^pas l'univerfel à parte rei , vous ne croye^ pas la préfence réelle. Quel raisonnement , & de quoi dépendait alors la vie des hommes ! Un autre lui dit : Si le [acre concile prononçait que vous êtes borgne , en vain ferieçvous pourvu de deux bons yeux > il faudrait vous confejfer borgne.

Jean Hus n'adoptait aucune des propofitions de Wiclefy qui féparent aujourd'hui les proteftans de l'églife romaine. Cependant il fut condamné à expirer dans les flammes. En cherchant la caufe d'une telle exécution , je n'ai jamais pu en trouver d'autre que cet efprit d'opiniâtreté qu'on puife dans les écoles. Les pères du concile voulaient abfolument que Jean Hus fe retraclât ; & Jean Hus , perfuadé qu'il avait raifon, ne voulait point avouer qu'il <m s'était trompé. L'empereur touché de compaffion , lui ^; dit : « Que vous coûte-t-il d'abjurer des erreurs qui vous » font fauffement attribuées? Je fuis prêt d'abjurer à » l'inftant toutes fortes d'erreurs : s'enfuit-il que je les » aie tenues .' » Jean Hus fut inflexible. 11 fit voir la différence entre abjurer des erreurs en général , & fe retrader d'une erreur. Il aima mieux être brûlé, que de convenir qu'il avait eu tort.

Le concile fut auiîi inflexible que lui; mais l'opiniâtreté de courir à la* mort a <rait quelque chofe d'héroïque : celle de l'y condamner était bien cruelle. L'empereur , malgré la foi du fauf-conduit , ordonna à l'éleéteur Palatin de !e faire traîner au fupplice. Il fut brûlé vif en préfence deréiecleur même, & loua Dieu jufqu'à ce que la flamme étouffât fa voix.

Quelques mois après , le concile exerça encor la même févérité contre Hiéronyme , difcipîe & ami de Jean Hus , que nous appelions Jérôme de Prague. C'était un homme bien fupérieur à Jean Hus en efprit & en éloquence. Il avait d'abord foufcrit à la condamnation de la doctrine de

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