Chapitre XXXVI
tandis qu'après la mort d'Edouard III. l'Angleterre ne prenait aucunes rnefures pour fe venger. II ne reftait aux Anglais que la ville de Bordeaux ; celle de Calais , &: quelques fortereffes.
Ce fut alors que la France perdit Bertrand du Guefclin. On fait quelshonneurs fon roi rendit à fa mémoire. Il fut , je crois, le premier don: on fit l'oraifon funèbre , & le premier qu'on enterra dans l'égîife defiinée aux tombeaux des rcis de France. Son corps fut porté avec les mêmes cérémonies que ceux des fouverains. Quatre princes du fang le fuivaient. Ses chevaux , félon la coutume du tems , furent présentés dans î'églife à i'évêque qui officiait , & qui les bénit en leur impofam les mains. Ces détails font peu importans ; mais ils font connaître l'efprit de chevalerie. L'attention que s'attiraient les grands chevaliers célèbres par leurs faits d'armes, s'étendait fur les chevaux qui avaient combattu fous eux.' Charles fuivit bientôt du Guefclin. On le fait enccr mourir d'un poifon lent , qui lui avait été donné il y avait plus de dix années , & qui le confuma à l'âge de quarante-quatre ans , comme s'il y avait dans la nature des alimens qui pufTent donner la mort au bout d'un certain tems. Il eil bien vrai qu'un poifon qui n'a pu donner une mort prompte , laiife une langueur dans le corps , ainfi que toute maladie violente ; mais il n'efl point vrai qu'il faffe de ces effets lents que le vulgaire croit inévitables. Le véritable poifon qui tua Charles V. était une mauvaife confhtution.
Perfonne n'ignore que la majorité des rois de France fut fixée par lui à l'âge de quatorze ans commencés , & que cette ordonnance fage , mais encor trop inutile pour prévenir les troubles , fut enrégiftrée dans un lit de juftice en 1374. Il avait voulu déraciner l'ancien abus des guerres particulières des feigneurs , abus qui paffait pour une loi de l'état. Elles furent défendues fous fon règne , quand il fut le maître. Il interdit même
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2,7a Essai sur les mœurs. £
jufqu'au port d'armes ; mais c'était une de ces Joix dont l'exécution était alors impofïible.
On fait monter les tréiors qu'il amafîa jufqu'à la fomme de dix-fept millions de livres de fon tems. Il eft certain qu'il a voit accumulé , & que tout le fruit de fon économie fut ravi 6k diiïïpé par fon frère le duc d'Anjou dans fa malheureufe expédition de Naples dont j'ai parlé.
Après la mon d'Edouard III. vainqueur de la France , & après celle de Charles V. fon reftauraceur , on vit bien que la fupériorité d'une nation ne dépend que de ceux qui la conduifent.
Le rils du prince noir , Richard II. fuccéda à fon grand-père Edouard III. à l'âge d'onze ans; & quelque tems après Charles VL fut roi de France à l'âge de douze. Ces deux minorités ne furent pas heureufes ; mais l'Angleterre fut d'abord la plus à plaindre. f On a vu quel efprit de vertigs oc de fureur avait failî
|£ en France les habitans de la campagne du tems du roi Jean , & comme ils vengèrent leur aviliffement & leur misère fur tout ce qu'ils rencontrèrent de gentilshommes , qui en effet étaient leurs oppreffeurv. La même furie faifit les Anglais. On vit renouveller la guerre que Rome eut autrefois contre les efclaves. Un couvreur de tuiles & un prêtre firent autant de mal à l'Angleterre que les querelles des rois & des parlemens peuvent en faire. Ils afïembient . les peuples de trois provinces, & leur perfuadent aifément que les riches avaient joui affez long-tems de la terre , & qu'il eff tems que les pauvres fe vengent. Ils les mènent droit à Londres , pillent une partie de la ville , & font couper la tête à l'archevêque de Cantorberi & au grand-tréforier du royaume. Il eft vrai que cette fureur finit par la mort des chefs & par la difperlion de;> révoltés. Mais de telles tempêtes , allez communes en Europe , font voir fous quel malheureux gouvernement on vivait alors. On l\ était encor loin du véritable but de la politique , qui 11 |j conflue {j