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CHAPITRE TRENTE-SIXIEME

De la France & de V Angleterre , du tems du roi CHARLES V. Comment ce prince habile dépouille les Anglais de leurs conquêtes. Son gouvernement. Le roi d'Angleterre Richard II. fils du Prince noir , détrôné..

A dextérité de Charles V. fauvait la France du naufrage. La nécelïité d'affaiblir les vainqueurs Edouard ilî. & le prince noir , lui tint lieu de juitice. Il profita de la vieillefîe du père & de la maladie du fils attaqué dune hydropifie , dont il mourut en 1371. Il fut d'abord femer la divifion entre le prince fouverain de Guienne êc fes vaffaux , éluder les traités , refufer le refîe du paie- || ment de la rançon de fon père fur des prétextes plaufibles, s'attacher le nouveau roi de Caftille , & même ce roi de Navarre , Charles furnommé le Mauvais , qui avait tant de terres en France ; fufeiter le nouveau roi d'Ecoffe , Robert Stuart y contre les Anglais ; remettre l'ordre dans les finances , faire contribuer les peuples fans murmures , & réuinr enfin', fans fortir de fon cabine:, autant que le roi Edouard qui avait pafTé la mer & gagné des batailles.

Quand il vit toutes les machines que fa politique arrangeait, bien affermies, il fit une de ces démarches audacieufes , qui pourraient parler pour des témérités en politique , fi les mefures bien prifes & l'événement ne les justifiaient. Il envoie' un chevalier ÔC un juge de Touloufe citer le prince noir à comparaître devant lui dans la cour des pairs , & à venir rendre compte de fa conduite. C'était agir en juge fouverain avec le vainàj| queur de fon père & de fon grand-père, qui poiTédait L-

•2.70 Essai sur les mœurs. î

la Guienne & les lieux circonvoifins en fouveraineté abfolue par le droit de conquête , & par un traité folemnel. Non-feulement on ie cite comme un fujet, mais on fait rendre un arrêt du parlement, par lequel on confifque la Guienne, & tout ce qui appartient en France à la maifon à1 Angleterre. L'ufage était de déclarer la guerre par un héraut d'armes , & on envoie à Londres un valet de pied faire cette cérémonie. Edouard n'était donc plus à craindre. ( •

La valeur & l'habileté de Bertrand du Guefclin, devenu connétable de France, & fur -tout le bon ordre que Charles V. avait mis à tout, annoblirent l'irrégularité de ces procédés , & firent voir que dans les affaires publiques , ou ejl le profit , là eji la gloire.

Le prince noir mourant ne pouvait plus paraître en campagne. Son père ne put lui envoyer que de faibles fecours. Les Anglais , auparavant victorieux dans tous *pE les combats, furent battus par-tout. Bertrand du Guefi- ; clin, fans remporter de ces grandes victoires , telles que celles de Créci & de Poitiers , fit une campagne entièrement femblable à celle qui dans les derniers tems a fait paiïer le vicomte de Turenne pour le plus grand général de l'Europe. Il tomba dans le Maine & dans l'Anjou fur les quartiers des troupes Anglaifes , les défit toutes les unes après les autres , & prit de fa mjin leur général Grandfon. Il rangea le Poitou , la Saintonge , fous l'obéiflTance de la France. Les villes fe rendaient les unes par la force , les autres par l'intrigue. Les faifons combattaient encor pour Charles V. Une flotte formidable équipée en Angleterre , fut toujours repouilée par les vents contraires. Des trêves adroitement ménagées préparèrent encor de nouveaux fuccès.

Charles qui vingt ans auparavant n'avait pas eu de quoi entretenir une garde pour fa perfonne , eut à la fois cinq armées & une flotte. Ses vaifîeaux portèrent la guerre jufqu'en Angleterre , dont on ravagea les côtes

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