Chapitre XXXVII. 2.75 Çl
publiques & fecretes furent auffi cruelles que le foulèvemenr avait été orageux. Le grand fchifme des papes , dont j'ai parlé , augmentait encor le défordre. Les papes d'Avignon reconnus en France , achevaient de la piller par tous les artifices que l'avarice déguifée en religion peut inventer. On efpérak que le roi majeur séparerait tant de maux par un gouvernement plus heureux.
Il avait vengé en perîbnne le comte de Flandre fon vafTal des Flamans rebelles toujours foutenus par l'Angleterre. Il profita des troubles où cette ifle était plongée fous Richard IL On équipa même plus de douze cents vaiffeaux pour faire une defcente. Ce nombre ne doit pas paraître incroyable ; St. Louis en eut davantage: il eft vrai que ce n'était que des vaiffeaux de tranfport ; mais la facilité avec laquelle on prépara cette ! flotte , montre qu'il y avait alors plus de bois de construction qu'aujourd'hui , & qu'on n'était pas fans in- jjj| duftrie. La jaloulie qui divifait les oncles du roi , em- g! pécha que la flotte ne fut employée. Elle ne fervit qu'à faire voir quelle reflburce aurait eu la France fous un bon gouvernement , puifque malgré les tréfors que le duc d'Anjou avait emportés pour fa malheureufe expédition de Naples , on pouvait faire de fi grandes entreprifes.
Enfin on refpirait , lorfque le roi , allant en Bretagne faire la guerre au duc , dont il avait à fe plaindre , fut attaqué d'une frénéfie horrible. Cette maladie commença 'par des afToupiffemens , fuivis d'ailiénation d'efprk , & enfin d'accès de fureur. Il tua quatre hommes dans fon premier accès , continua de frapper tout ce qui était autour de lui , jufqu'à-çe qu épuifé de ces mouvemens convulfifs, il tomba dans une léthargie profonde. Je ne m'étonne point que toute la France le crut il emooifonné & enforcelé. Nous avons été témoins dans B notre fiècle , tout éclairé qu'il eft , des préjugés popu-
Xif*?/ . **&£ »&s ]%.
^éiiAt.-. .„„„,.,..,>,, ïse&sstèàSsÊlZéké&sssssz ,,, — ^y»^/ ^
laires aufîi injuftes. Son frère , le duc d'Orléans , avait époufé Valentine de Milan. On accufa Vahnùne de cet accident. Ce qui prouve feulement que les Français alors fort greffiers penfaient que les Italiens en favaient plus qu'eux.
Le foupçon redoubla quelque tems après dans une aventure digne de la ruflicité de ce tems. On fît à la cour une mafearade , dans laquelle le roi , déguifé en fatyre , tramait 'quatre autres fatyres enchaînés. Ils étaient vêtus d'une toile enduite de poix-réiine, à laquelle on avait attaché des étoupes. Le duc d'Orléans eut le malheur d'approcher un flambeau d'un de ces habits , qui en furent enflammés en un moment. Les quatre feigneurs furent brûlés, & à peine put-on fauver !a vie au roi par la préfence d'efprit de fa tante la duchefTe de Berri , qui l'enveloppa dans fon manteau. Cette accident hâta une de fes rechûtes. On eût pu le guérir peut-être par des faignées , par des bains , & par du régime ; mais on fit venir un magicien de Montpellier. Le magicien vint. Le roi avait quelques relâches , qu'on ne manqua pas d'attribuer au pouvoir de la magie. Les fréquentes rechûtes fortifièrent bientôt le mal , qui devint incurable. Pour comble de malheur , le roi reprenait quelquefois fa raifon. S'il eût été malade fans retour , on aurait pu pourvoir au gouvernement du royaume. Le peu de raifon qui refla au roi , fut plus fatal que fes accès. On n'affembla point les états. On ne régla rien. Le rci refrait roi , & confiait fon autorité mépnfée & fa tutèle tantôt à fon frère , tantôt à fes oncles le duc de Bourgogne & le duc de Berri. C'était un furcroît d'infortune pour l'état , que ces princes euffent de puiffans apanages. Paris devint néœffairement le théâtre dune guerre civile , tantôt fourde , tantôt déclarée. Tout était faclion , tout jufqu'a l'univeïfitéfe mêlait du gouvernement.
Perfonne n'ignore que Jean duc de Bourgogne fit