Chapitre XXXVII. 177 î
afTaflîner fon coufin le duc d'Orléans dans la rue Barbette. Le roi n'était ni aiTez maître de fon efprit , ni afTez puifTant pour faire juftice du coupable. Le duc de Bourgogne daigna cependant prendre des lettres d'abolition. Enfuite il vint à la cour faire trophée de fon crime. Il afTembla tout ce qu'il y avait de princes & de grands ; & en leur préfence le docteur Jean Petit non-feulement juftina la mort du duc d'Orléans , mais il établit la doctrine de Y homicide , qu'il fonda fur l'exemple de tousles afTaffinats dont il eit parlé dans les livres hiftoriques de l'écriture. Il ofait faire un dogme de ce qui n'eft écrit dans ces livres que comme un événement , au lieu d'apprendre aux hommes, comme on l'auroit toujours dû faire, qu'un aiTaffinat rapporté dans récriture eu. auilî déteitable que s'il fe trouvait dans les hiftoires des fauvages , ou dans celle du tems dont je parie. Cette doétrine fut condamnée , comme on a vu , . au concile de Constance , & n'a pas moins été renouvellée depuis.
C'eft vers ce tems-îà que le maréchal de Boucicaut laifTa perdre Gênes qui s'était mife fous la proteclion de la France. Les Français y furent maflacrés comme en Sicile. L'élite de la nobleffe qui avait couru fe fîgnaler en Hongrie contre Baja^et empereur des Turcs , avait été tuée dans la bataille maiheureufe que les chrétiens perdirent. Mais ces malheurs étrangers étaient peu de chofe en comparaifon de ceux de l'état.
La femme du roi , Ifabclh de Bavière , avait un parti dans Paris ; le duc de Bourgogne avait le fien ; celui des enfans du duc d'Orléans était puifTant. Le roi feul n'en avait point. Mais ce qui fait voir combien Paris était confidérable , & comme il était le premier mobile du royaume , c'eft que le duc de Bourgogne , qui joignait à l'état dont il portait le nom , la Flandre & l'Artois , mettait toute fon ambition à être le maître de Paris. Sa fadion s'appe'lait celle des Bourguignons ; celle d'Orléans était nommée des Armagnacs ; du nom ffi S 3 \
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O 2.78 Essai sur les mœurs. £1
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du comte d'Armagnac , beau-père du duc d'Orléans , fus de celui qui avait été alTaflïné dans Paris, Celle des deux qui dominait , faifait tour-à-tour conduire au gibet , affatfiner , brûler ceux de la faction contraire. Perfonne ne pouvait s'alîurer d'un jour de vie. On fe battait dans les rues, dans les églifes 5 dans les maifons, à la campagne.
C'était une occafion bien favorable pour l'Angleterre de recouvrer fes patrimoines de France , & ce que les traités lui avaient donné. Henri V. prince rempli de prudence & de courage , négocie & arme à la fois. Il defcend en Normandie avec une armée de près de cinquante mille hommes. Il prend Harfleur , & s'avance dans un pays défolé par les factions ; mais une difTenterie contagieufe fait périr les trois quarts de fon armée. Cette grande invafion réunit cependant contre l'Anglais |( tous les partis. Le Bourguignon même , quoiqu'il trai- £E tac déjà fecrétement avec le roi d'Angleterre , envoie cinq cents hommes d'armes & quelque arbalétriers au fecours de fa patrie. Toute la noblefle monte à cehval les communes marchent fous leurs bannières. Le connétable âtAtbret le trouva bientôt à la tête de plus de foixante mille combatans. Ce qui était arrivé à Edouard III. arrivait à Henri V. mais la principale reflemb'lan.ce fut dans la. bataille d'Azincourt , qui fut telle que celle de Créci. Les Anglais la gagnèrent aulîi-tôt qu'elle commença. Leurs grands arcs de la hauteur d'un homme , dont ils fefervaient avec force & avec adreffe , leur donnèrent d'abord la victoire. Ils n'avaient ni canons , ni fufils ; & c'eft une nouvelle raifon de croire qu'ils n'en avaient point eu à la bataille de Créci. Peut-être que ces arcs font une arme plus formidable : j'en ai vu qui portaient plus loin que les fufils ; on peut s'en fervir plus vite & plus long-tems : cependant ils font devenus entièrement hors d'ufage. On peut remarquer encor , | |H que la gendarmerie de France combattit à pied à Azin- I EU I